Je signale mes  textes antérieurs par un chiffre (1) qui renvoie en fin de texte aux différents textes signalés.

 

      L'enseignement en France est en pleine mutation : internats d'excellence, collèges expérimentaux, nouveaux horaires expérimentaux, nouveaux programmes, ...Mais on confond pédagogie et organisation administrative. L'essentiel n'est pas dans les textes mais dans la pédagogie. Or dans ce domine on supprime pratiquement une formation sérieuse des enseignants ?

    Résumé  d'une conférence qui analyse les principes animant la pédagogie Freinet.(1)

          Place et rôle de l’école dans notre société.

      A l’origine (1882) le rôle de l’école publique était avant tout d’instruire

      Aujourd’hui l’éducation est éclatée entre de nombreux intervenants : la famille, les religions, les médias, la rue, et l’école bien sûr.  Il faut donc que l’école se situe par rapport aux autres intervenants dans l’éducation, et en tienne compte.

      Mais l’école ne doit pas oublier cependant que son premier devoir est d’instruire, c'est-à-dire donner aux enfants les outils et les techniques qui lui permettront d’être plus tard des adultes actifs dans la société

       En 1960 la scolarité devient obligatoire jusqu’à 16 ans et tous les enfants doivent entrer au collège, or tous n’ont pas une intelligence adaptée à ce genre de scolarité,

        Collège unique est le grand mot actuellement, sous prétexte d’égalité, ce qui est une absurdité ! L’égalité consisterait à procurer aux enfants un système d’études correspondant à leur type d’intelligence ; en supprimant bien sûr cette idée fausse que l’intelligence de type rationnel est au dessus de toutes les autres.

      PEDAGOGIE.      Il y a parfois confusion sur la notion d’abstraction. L’enfant, dès qu’il sait parler, utilise un moyen abstrait pour représenter ce à quoi il pense. Mais il n’a pas accès à l’abstraction en tant que moyen intellectuel pour créer. Il sait représenter le concret  auquel il pense, ce qui est très différent. Ce n’est que vers 11 ans qu’il pourra créer de nouveaux abstraits à partir des représentations dont il dispose.

      Par contre l’enfant peut et doit, dès l’école maternelle, découvrir l’utilité de représenter les choses pour dialoguer, en dehors de la présence de ces choses.  C’est un moyen pour s’affranchir du temps et de l’espace

      Mais l’enfant doit avoir besoin de connaître, il doit être motivé. L’enseignant est donc là pour l’aider à construire ses réponses en guidant sa recherche. Mais il doit aussi sélectionner les problèmes pour lui faciliter la hiérarchisation de ses connaissances à travers la progression de ses acquisitions.

      En effet acquérir des connaissances n’est pas suffisant, il faut aussi les organiser en structure cohérente pour que chacune puisse enrichir les autres (Piaget) (2). C’est le rôle des progressions dont le maître est seul juge.

       Acquérir des connaissances et les structurer ne sert à rien si on ne les utilise pas pour son usage personnel. Il faut donc que l’élève agisse ; qu’il soit un sujet actif et non un objet passif,

 Il faut développer les travaux personnels (comme les chefs d’œuvres chers à Freinet), mais aussi les travaux de groupe facilitant l’échange et l’entre aide, donc l’enrichissement mutuel.       

      On n’enseigne pas  une discipline, on présente à des êtres humains les outils et techniques inventées                           par nos prédécesseurs et on leur apprend à s’en servir. La pédagogie doit s’organiser autour du principe       de l’élève acteur.   

      Ne jamais oublier que l’enseignement est d’abord un problème de communication (Wallon) et que les connaissances ne deviennent utiles qu’en se structurant (Piaget).(2)

      L’école a pour but l’insertion dans la société, qui est en constante évolution. mais l’insertion exige d’abord la maîtrise de la langue, orale et écrite, des mathématiques (au moins du calcul) et des

                                                                                                                                                        

                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

sciences (au moins de leurs rudiments). Pour son bonheur l’individu doit être capable de profiter des activités sportives et esthétiques.

      Il faudrait aussi réfléchir sur le temps de travail des élèves. En France nous avons comprimé le temps scolaire jugé nécessaire, dans le minimum de jours, et ça continue ! Nous avons les journées scolaires les plus chargées au monde.(3) (4)

   Interview d’Albert Jacquard dans le numéro 134 de juillet 2004 de MAIF infos.

      Dès lors que les hommes coopèrent, s’allient, dès lors qu’il n’y a pas de compétition entre eux, ils peuvent progresser…C’est pourquoi il faut organiser, encore et toujours, des rencontres entre les hommes…

      La société est sclérosée par le conformisme, les formules toutes faites; la répétition des mêmes erreurs. L’enseignement dispensé dans les écoles, petites et grandes, favorise cela au détriment, hélas, de l’inventivité

           L’éducation est donc un enjeu majeur. Tout commence à l’école. Malheureusement, le système d’éducation actuel est pernicieux. Les notes, les classements, encouragent cette compétition absurde. L’école devrait se consacrer à promouvoir l’art de la rencontre…L’enseignant aura atteint le but de sa mission si l’élève perçoit que de l’autre il peut faire une source, une richesse…

      Il est évidemment indispensable de vérifier l’état des connaissances, on ne peut se passer d’examens. En revanche ramener l’appréciation d’un travail à une note et par là instaurer une hiérarchie entre élèves, c’est réducteur, néfaste. L’autre me vaut, il est différent…

      L’enfant qui dit « j’ai pas compris » rend service à toute la classe. Quand on raisonne vite, on fait semblant. Pour comprendre il faut du temps…L’intelligence  ne se gradue pas. Elle a de multiples facettes, parmi lesquelles la capacité à imaginer, à s’intéresser

     Tout homme a droit à une vie qui lui permette de se construire.

 

     Dans tout échange il faut que les deux individus intéressés aient confiance l'un dans l'autre. Par conséquent il faut que l’élève ait confiance dans le maître, et donc que les parents aussi. Ce qui est le plus difficile compte tenu de l’évolution actuelle de la société.

      Il faut ensuite que l’échange entre maître et élève, basé sur cette confiance, réponde à un besoin d’apprendre de l’élève. Il s’agit de déclencher l’intérêt des enfants « On ne peut pas forcer à boire un cheval qui n’a pas soif. Notre travail consiste surtout à donner soif. » (Freinet) On ne peut pas travailler sans l’intérêt. Ensuite, il convient de chercher ce qui est déjà construit et de s’y appuyer pour permettre les constructions. Ce besoin ne peut être édicté par un texte réglementaire.

Il est donc inutile, voire dangereux, de vouloir régenter ces domaines par des textes coercitifs. Par contre il serait utile de rappeler les conditions d’une relation positive d’enseignement entre le maître et ses élèves, et de fournir au maître les moyens de les réaliser.

En somme, pour qu’il y ait apprentissage, il faut une rencontre entre :

  • de la confiance

              -     de l’intérêt

  • de la correspondance avec une structure de connaissances

       existantes

  • un usage répété de l'apprentissage             

                        

 

 

                                                                                                                          

 

  Comment y parvenir ?

  La richesse d’une pensée dépend du niveau de langage et des valeurs de l’individu concerné..   .

            Pour l’ENSEIGNEMENT il faudrait donner la priorité au français (vocabulaire et syntaxe) et aux mathématiques (numération, sens et technique des quatre opérations, système métrique, figures géométriques) ; les autres matières sont secondaires pour la vie quotidienne et dépendent du français et des mathématiques.

      Mais il faudrait surtout repenser l’organisation de notre enseignement.

      Des expériences, vieilles parfois de presque un siècle, ont été menées avec succès, et d’autres sont en cours, mais en marge, ignorées. Pourtant elles montraient la marche à suivre.

      L’école maternelle. La scolarité à ce niveau n’est pas obligatoire, mais pour certains enfants elle est un moyen efficace de socialisation. Les travaux de Montessori et de Dolto ont largement marqué la pédagogie à ce niveau. Il ne faut pas oublier que le sociétal de chaque enfant est unique et joue un rôle majeur dans son évolution. Ficher l’élève dès son plus jeune age pour soi disant prévenir la délinquance est une grave erreur car on étiquette un être dont on ignore l’évolution possible. On ferait mieux de fournir aux enseignants la formation puis les moyens pour développer chez l’enfant le langage,  qui déborde largement l’école.

      L’école élémentaire. L’élève doit devenir sujet de son enseignement, et non plus objet, surtout dans notre société actuelle où chaque jour de nouvelles découvertes, de nouveaux outils apparaissent et où le citoyen doit savoir en permanence s’adapter. Des connaissances de base sont nécessaires, comme jadis, mais surtout l’être humain doit savoir s’adapter aux nouvelles connaissances et aux nouvelles valeurs. Et c’est à l’école qu’il doit apprendre à s’adapter, avec l’aide des autres et en aidant les autres.

      Quelques principes d’organisation peuvent être indiqués :

  • travail collectif dans des groupes hétérogènes, car l’hétérogénéité est source d’enrichissement. Ce qui suppose des classes à plusieurs niveaux, à l’inverse des classes homogènes, qui a été le principe jusqu’à ce jour, et qui devaient apporter à tous les enfants de moins de douze ans, puis de quatorze ans, les connaissances indispensables dans une société fixée, ce qui n’est plus le cas.
  • travail individuel, avec des outils du type fichier auto-correctif, ce qui permet à chacun d’aller à son rythme, avec ses moyens.

      -     travail personnel de recherche ou de complément pour former l’élève à savoir                                      

      s’informer et exploiter l’information, (comme le fichier scolaire de Freinet),surtout dans       notre société caractérisée par une surabondance d’informations, ce qui exige un choix permanent.

      Les ‘’cours’’, travail collectif dirigé par le maître, restent nécessaires pour apporter à l’élève les connaissances et les valeurs dont il a besoin. Mais ces cours doivent changer de forme en incitant chaque élève à participer activement à la construction de son savoir. Ils doivent être plus proches du débat que de la conférence.

      Surtout la compétition doit disparaître avec le classement. Ce qui est essentiel n’est pas de se situer par rapport aux autres mais de mesurer les progrès réalisés et ce qui reste à faire. Ce qui ne suppose nullement la suppression des compositions, mais leur utilisation pour l’évaluation.

      Il s’agit là des grandes lignes d’une réorganisation possible. Mais il ne faut pas oublier qu’une classe est souvent un élément d’une école et son organisation doit s’intégrer dans le cadre d’une organisation de l’école. D’où l’importance du conseil des maîtres sur le plan pédagogique.

      Enfin ce type d’organisation suppose l’autonomie pédagogique et donc une modification de I.O., et non des programmes, et une réforme de l’inspection.

      Le collège devrait suivre le même principe de l’élève acteur de son enseignement, ce qui suppose un changement radical de son organisation et en particulier une autre approche du collège unique, qui était un changement partant d’un bon sentiment (tous les élèves sont des êtres équivalents) mais qui a oublié que la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans supposait un enseignement s’adressant à des adolescents ayant atteint la pensée abstraite, qui varie d’un adolescent à l’autre. Notre système scolaire est basé sur l’intelligence rationnelle, or il existe

                                                                                                                                                    

d’autres types d’intelligence, tout aussi efficaces (les chinois ont découvert bien avant nous la poudre, l’imprimerie, la boussole). Or ces types différents d’intelligence sont ignorés par notre système scolaire.

      . Dans les années 60 l’I.G. Haby a organisé des expériences qui ont débouché sur des programmes et instructions pour les classes de transition et pratiques, classes qui ont été supprimées dans le collège unique. Mais ces textes doivent toujours exister dans les archives. Les I.G. Baudoin et Guérini ont aussi conduit une recherche  pour les enseignements postscolaires agricole et ménager-agricole. Un changement radical de notre conception de l’enseignement est nécessaire. Il est possible, car des expériences ont été tentées, ont réussi, et peuvent servir de guide.

      Comme pour l’école élémentaire, tous les élèves dans le même établissement, mais chacun pouvant travailler à son rythme et selon ses moyens. Ce qui n’empêche nullement, au contraire, des activités communes, en particulier liées à l’âge, en éducation physique par exemple, en musique ou en dessin. C’est cela le collège unique, mêlant tous les élèves mais permettant à chacun de tirer le maximum de ses possibilités, en mobilisant ses motivations. Alors, pour certains, le collège ne sera plus une contrainte et une gêne mais deviendra un lieu d’enrichissement le conduisant à l’état adulte. Et on aura réalisé que connaissances (intelligence) et valeurs (affectivité) ne peuvent se développer que dans l’échange avec l’Autre.

      ROLE DU MAITRE. Le maître est là pour donner des outils à l’élève et lui apprendre à s’en servir, comme dans tous les apprentissages. En math (compter, mesurer, utiliser des figures), en français (s’exprimer oralement ou par écrit avec le vocabulaire, la conjugaison et l’orthographe), mais aussi en sciences (pour maîtriser son environnement), en géographie (pour maîtriser l’espace), en histoire (pour comprendre le présent), en éducation physique (pour maîtriser son corps), en éducation esthétique (pour maîtriser son affectivité) et en éducation civique et morale (pour maîtriser sa vie avec les autres).

      L’humanité, au cours de son histoire, a inventé les mathématiques, les langues, la géographie…pour répondre à ses besoins. Ce sont ces mêmes besoins que le maître doit aider l’élève à découvrir : à quoi çà sert ? Puis le maître, qui sait, apporte à l’élève les outils dont il a besoin pour découvrir ce qu’il cherche, ce qui lui évitera les longues recherches que l’humanité a conduites pour arriver au but.

      L’ontogenèse reproduit la phylogenèse dans l’ordre des étapes mais ne peut la reproduire dans le temps. Grâce au maître l’élève découvrira l’utilité du nombre mais ne mettra pas des millénaires pour découvrir celle de la numération ou des opérations.

      Le rôle du maître est de mettre l’élève en situation de découverte, puis de lui apporter les outils et techniques qui lui permettront de répondre à la question qu’il se pose.

     

      On parle beaucoup, par exemple, en ce moment, de l’éducation à la citoyenneté (dont la morale fait partie). La meilleure façon d’y arriver est de faire vivre l’élève dans une classe démocratique, où l’on découvre que l’autre est toujours différent mais que j’ai besoin de lui pour vivre dans le cadre de la classe. Il  faut donc trouver des règles de vie commune acceptables par tous. Mais la classe fonctionne dans une école qui a, pour les mêmes raisons, un code de vie commune, l’école fonctionne dans une commune, dans un département…Le maître fera connaître à l’élève ces divers codes et l’aidera à trouver, avec les autres, les règles qui permettront à la classe de fonctionner harmonieusement tout en respectant les codes des groupes plus larges auxquels elle appartient.

       L’enseignement ne consiste pas à entasser des connaissances dans le cerveau de l’enfant, mais à l’aider à construire une structure de connaissances dans divers domaines auxquels on s’efforce de l’intéresser. On n’a jamais voulu mettre l’élève à la place du maître mais on veut faire de l’élève le sujet et non pas l’objet de son enseignement. Les connaissances à maîtriser, de plus en plus nombreuses aujourd’hui, ne doivent pas s’accumuler par entassement dans la mémoire, qu’on finit par mêler ou par oublier, mais doivent s’organiser dans une lente construction d’une structure cohérente et disponible, structure qu’on pourra enrichir au cours de la vie par la découverte de connaissances nouvelles.

 

         

    Problème de la violence.+

    On parle beaucoup en ce moment de violence à l'école, de la maternelle à l'université, et le ministre de l'Education Nationale vient d'annoncer l'ouverture d'internats de réinsertion scolaire pour créer le maillon manquant dans le système scolaire actuel. Ces établissements recevront les élèves de collège de 13 à 16 ans qui ont fait l'objet de nombreuses exclusions mais ne relèvent pas d'établissements spécialisés ou d'un placement dans le code pénal. Leur objectif est l'apprentissage de la règle,le respect de l'autorité et le goût de l'effort. Mais on oublie de poser la vraie question : pourquoi cette violence ?

      Dans le milieu scolaire certains enfants, ou adolescents surtout, en ont assez, d’être ignorés en tant qu’individu, assez d’être considérés comme des bons à rien, des incapables, des fainéants, d’être obligés de suivre une scolarité qui les dépasse et qui ne les intéresse pas , de n’avoir aucun soutien, aucune aide réelle vraiment adaptée, de ne pouvoir utiliser aucune de leurs possibilités, qu’on ignore. L’enseignement est adapté, depuis Napoléon, à un type d’intelligence, que certains adolescent ne possèdent pas, tant pis pour eux. Et le Collège unique n’a fait qu’amplifier le fossé

Quand on aura admis que c’est là la cause première de la violence en milieu scolaire, alors onpourra imaginer des solutions : adapter l’enseignement au type d’intelligence, aux possibilités et au niveau de connaissances du jeune (surtout au niveau communication), tirer partie d’abord des possibilités du jeune pour l’amener au niveau maximum de ses acquisitions    (revoir ce qui précède dans le présent document). Mais cela suppose un changement de mentalité, qui est la chose la plus difficile à réaliser, des filières différenciées à tous les niveaux sans hiérarchie entre elles, puisque toutes visent le même but : permettre au futur adulte de tirer le maximum de ses possibilités  pour s’insérer dans la société. C’est un très long chemin à faire. Qui aura le courage de l’amorcer  ?   

 

      

                                                                                                                                      

  • Structuralisme et pédagogie (09/2008)
  • Cours de rattrapage (04/2008)
  • Nouvelle organisation de l'école (11/2008)
  • L'être humain (04/2004)

 

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