Né le 27/03/23, j’essaie, depuis longtemps déjà, d’analyser mon propre cursus scolaire. J’ai découvert que celui-ci avait dépendu essentiellement des hasards de ma vie personnelle.
Je vais d’abord reprendre certains éléments de ma vie d’enfant puis de ma carrière d’adulte ; qui expliquent, nous le verrons plus loin, mon cursus scolaire.
Mon histoire personnelle
Je n’ai pas connu mes grands-parents maternels, morts bien avant ma naissance ; par contre j’ai bien connu mes grands-parents paternels qui habitaient le même immeuble que nous, à l’étage au dessous. Ma grand-mère ne savait ni lire ni écrire, ni même signer, mais savait compter. Mon grand-père savait lire et écrire, mais était totalement sourd. On communiquait avec lui par sa lecture sur nos lèvres, mais surtout grâce à une ardoise, qui le suivait partout, et sur laquelle on inscrivait les messages précis risquant d’être ambigus par la lecture sur les lèvres.
Ma mère et ma tante paternelle (célibataire, qui vivait avec mes grands-parents puis avec nous après leur décès, et qui a été une ‘’seconde maman’’ pour mon frère et pour moi,) avaient leur certificat d’étude, mon père ne l’avait pas. Mes parents lisaient peu, à part le journal. Ma tante lisait beaucoup et m’a prêté mes premiers romans (sentimentaux ou policiers).
Mon frère, mon aîné de cinq ans, n’a eu je crois aucun impact sur mon cursus scolaire mais a joué un rôle important sur mon histoire affective lors de mon adolescence.
Enfin, dès l’âge de cinq ans, je suis entré à la Maîtrise métropolitaine de la cathédrale d’Aix-en-Provence, où je suis resté jusqu’à mon mariage, à vingt et un ans. Devenu ado, après ma mue, la maîtrise étant organisée comme les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, avec lesquels nous avions des rapports étroits, j’ai aidé le directeur à encadrer les maîtrisiens, en dehors des heures de chant, et j’ai dirigé de nombreuses répétitions et même quelques offices de dimanche ordinaire. Nous verrons plus loin que cela a certainement orienté certains choix décisifs de ma vie.
Enfin les hasards de ma vie m’ont fait rencontrer, indépendamment de ma volonté, Leprince-Ringuet, l’Inspecteur Général Payan, Philippe Lamour,le Professeur Lafon, qui ont tous joué un rôle, parfois capital, dans mes orientations
.Ma carrière d’adulte.
Mes parents n’ayant pas les moyens de m’envoyer au lycée, je suis entré avec une bourse à l’école Primaire Supérieure. Jusqu’au Brevet j’ai toujours été major de ma classe en mathématique et physique, et la tradition voulait que les meilleurs élèves en math et physique entrent en quatrième année pour préparer les Arts et Métiers. J’ai choisi la préparation à l’école Normale au grand désespoir de mes professeurs de math et de physique. Pourquoi ? Je pense que mes années d’ado consacrées à l’encadrement des maîtrisiens, qui occupait pratiquement tous mes temps libres, a joué un rôle déterminant dans ce choix : je serais instituteur et non ingénieur.
Instituteur à Cabriès, petit village entre Aix et Marseille, je m’inscris à la fac de Marseille où je suis Math géné, puis Calcul différentiel et intégral et Physique rationnelle, je voulais devenir professeur, ou chercheur ! Car entre-temps le hasard m’avait fait rencontrer Leprince-Ringuet à Largentière la Bessée, qui m’avait lui-même fait visiter son laboratoire de recherche sur les rayons cosmiques Je suis devenu passionné de physique nucléaire et d’astrophysique.
Mais un jeudi après midi où je travaillais.dans le jardin de l’école, un passant m’interpelle. C’était M.Payan, l’inspecteur d’académie (qui est devenu par la suite Inspecteur Général). Il s’est intéressé à l’école, à mon travail d’instituteur et à mes études à la fac, puis m’a brusquement demandé : « A quoi vous sert en classe ce que vous faites à la fac ? A rien ! A quoi vous sert à la fac ce que vous faites en classe ? A rien ! Vous feriez mieux de préparer l’inspection. ». Je reste muet, je n’avais jamais envisagé d’être inspecteur. « J’ai organisé tous les jeudis matins des cours pour préparer le concours d’inspection. Venez jeudi prochain, vous verrez, puis vous choisirez. » J’y suis allé, ça m’a intéressé et j’ai continué.. L’année suivante il m’a poussé à préparer l’E.N.S. de St Cloud pour une année de préparation. J’y suis entré et je suis devenu inspecteur. Si M.Payan n’avait pas été nommé à Marseille, s’il n’avait pas organisé des cours pour aider les instituteurs et visité mon école un jeudi après midi j’aurais peut être été prof ou chercheur. J’ai appris par la suite que Payan avait agi ainsi à cause de son histoire personnelle, qu’il m’a racontée dix ans plus tard, dans l’Ardèche
J’ai été nommé inspecteur à Aubenas II, une circonscription très rurale dans la Cévenne ardéchoise : 110 classes uniques dont parfois 3 ou 4 dans la même commune. Postes très isolés où l’on nomme des remplaçants débutants munis du seul baccalauréat. J’organise des journées de formation le jeudi pour ceux qui le désirent. Souvenir de Payan ?
Je me suis intéressé aux élèves en difficulté, mais aussi aux enseignants (voir ci-dessus). Je tiens cela de mes parents qui ont toujours aidé les personnes en difficulté ; mon père a d’ailleurs été décoré du Mérite Social. Et c’était aussi la suite pour eux de leur histoire personnelle. En 1960 je demande à faire les stages de préparation pour l’enfance inadaptée et en 1962 je suis chargé de ce secteur pour tout le département. Je milite dans l’ANCE et je participe en 1964 à la création du CREAI de Lyon. Je suis ainsi entré dans le secteur médico-social.
Parallèlement je développe des équipes de recherche en math, de l’école maternelle à la troisième des Cours Complémentaires.
Mais en 1968 mes crises de rhumatisme goutteux se développent et en 1969 je ne peux plus me déplacer qu’avec des béquilles, dans une circonscription qui va du Lac d’Issarlès, à 40 km du Puy en Velay, à St Just d’Ardèche, à 10 km de Pont St Esprit ! Le ministère m’affecte alors à Montpellier, au centre régional de formation des maîtres de l’enfance inadaptée. Un changement radical dans ma vie professionnelle.
Si je n’avais pas eu cet accident de santé, ou si je l’avais eu deux ans plus tard quand on a trouvé le médicament réglant le problème, je n’aurais pas poursuivi mes études ni entrepris tout ce que j’ai fait à Montpellier. Nous serions restés à Aubenas, où nous nous sentions très bien ma femme et moi.
Montpellier. C’est un tournant de ma vie aussi important que l’inspection. Je suis en effet chargé au centre de formation de la pédagogie du calcul, ce qui est normal, mais surtout de la psychologie génétique avec Piaget et Wallon ; Or je connais très mal ces deux auteurs et je me mets donc à analyser sérieusement leurs œuvres durant l’été 1969. J’ai été passionné car ils apportaient des réponses à mes interrogations personnelles à l’époque. En effet, j’étais passé lentement d’une foi sincère et profonde à un athéisme non moins sincère.
Je n’avais comme diplôme universitaire que mon bac et mon concours d’inspection. Je décidais donc de reprendre mes études en fac et m’inscrivais en Sciences de l’Education, à Lyon, car cette option n’existait pas encore à Montpellier. Je passais donc ma licence et ma maîtrise.
A côté de cela je continuais de militer dans le secteur médico-social, entrais au CREAI de Montpellier et devenais rapidement membre du bureau. En 1977 le professeur Lafon décidait d’abandonner la présidence et me demandait de lui succéder. Or je ne pensais absolument pas à cette possibilité car j’envisageais d’autres activités dans le cadre de l’Education Nationale. Mais il m’expliqua que les difficultés s’accumulaient à l’IPPMS par suite de la double tutelle Santé-E.N. J’acceptais donc et j’étais élu président le 28/10/77, en mon absence, car j’étais ce jour-là aux obsèques de mon père à Aix en Provence.
- Lafon avait vu juste : ma position de Président du CREAI et d’Inspecteur de l’E.N. a permis de régler les difficultés de l’IPPMS grâce aux facilités d’accès aux deux ministère ; surtout à l’E.N., le plus réfractaire, car Labregère (un ancien collègue et ami inspecteur) venait d’être chargé du secteur enfance inadaptée.
J’ai pu ainsi créer à Montpellier un centre de formation pour les éducateurs scolaires et j’ai participé à la rédaction des circulaires permettant de créer des écoles dans les établissements médico-sociaux, en application de la loi de 75.
Si je n’avais pas été affecté à Montpellier à la suite de mon accident de santé, je n’aurais probablement jamais découvert Piaget et Wallon et je ne me serais pas occupé de la formation des éducateurs scolaires .
En 1981, après le décès du Professeur Lafon, je lui ai succédé au Comité Economique et Social comme représentant du secteur médico-social. Un nouveau tournant dans ma vie.
Nous avons rapidement établi des liens de travail le président Ph.Lamour et moi. Il m’a alors chargé de m’occuper de l’aménagement du temps de vie de l’enfant, dans le cadre de l’ARPEDAT. Au début, seule la Jeunesse et les Sports s’occupait de ce problème, mais j’ai rapidement fait remarquer à l’I.G. de la J.et S. avec lequel je travaillais au ministère, qu’il fallait associer l’Education Nationale à ce travail pour obtenir des résultats cohérents portant sur tout le temps de vie de l’enfant. C’est ainsi que l’E.N. est devenue cosignataires de textes.
Voyons un peu maintenant mes premiers pas dans le milieu scolaire.
Après une année d’école maternelle dont j’ai très peu de souvenirs je suis entré au C.P. à cinq ans et demi. Je voulais apprendre rapidement à lire et à écrire pour pouvoir moi aussi communiquer avec mon grand-père en utilisant l’ardoise. Mais on découvrit que j’avais une très mauvaise vue et que je confondais certaines lettres et certains chiffres. L’oculiste diagnostiqua un fort astigmatisme et une sévère myopie. Je portai donc des lunettes, et en trois mois je lisais presque couramment. En même temps je suis très attentif à l’orthographe pour éviter les moqueries de ma famille et je resterai motivé par la suite. Mais aussi je me passionne pour le calcul, en particulier le calcul mental, qui joue avec les chiffres. Là c’est le professeur Lafon qui m’a fourni une explication quarante cinq ans plus tard. Ayant une très mauvaise vue jusqu’à cinq ans je ne distinguais pas les détails et j’ai donc construit un monde de schémas, Que j’ai conservé jusqu’à nos jours : j’ai beaucoup de mal à distinguer deux oiseaux ou deux fleurs se ressemblant, deux visages aussi. Quand j’ai découvert les nombres, qui sont des abstractions indépendantes de la nature et de la disposition des éléments auxquels ils s’appliquent j’ai été très intéressé et j’ai joué avec plaisir avec eux.
Ainsi parce que mon grand-père était sourd a été à l’origine de ma maîtrise rapide de la lecture, et ma mauvaise vue de ma passion pour les math. D’autres évènements de ma vie personnelle ont influencé mon cursus scolaire, en littérature, en musique, en éducation physique, mais il serait trop long de les rapporter ici.
Chaque élève est donc unique, et pour le faire progresser il faut l’aider à développer ses possibilités, pour l’intéresser à l’école, et non, d'abord, vouloir combler à tout prix ses lacunes et ses déficits.
Mais notre échelle de valeurs est aussi le résultat de notre histoire personnelle, qui n’est qu’une succession de rencontres aléatoires avec le sociétal.
Comment pouvons nous juger les autres ? « C’est un saint, ou un bandit, une crapule ou un bienfaiteur, un héros ou un lâche ? » Si nous sommes le résultat de notre histoire personnelle aléatoire ces jugements n’ont pas de sens, et Pasteur et Hitler ont la même valeur humaine. C’est le sens de la sentence rapportée dans la Bible : « Seul Yahvé peut sonder les cœurs et les reins ».
Par contre la société, pour survivre, doit édicter des règles pour la vie en commun et qui enfreint ces règles doit être obligatoirement sanctionné.
La justice doit donc juger des actes, sanctionner le coupable pour éviter la récidive et obtenir réparations des torts, dans la mesure du possible. L’enfermement n’étant pas toujours la meilleure solution et même étant parfois la moins bonne. Mais un individu ne peut pas juger un autre individu.
Mais alors où est la liberté ? et qu’est-ce que la justice ?
Question subsidiaire : A part les aspects génétiques, en dehors du conscient, du subconscient et de l’inconscient, existe t’il chez l’être humain d’autres structures qui peuvent intervenir dans notre vie quotidienne ? Structures qui surgissent, ou resurgissent, chez le vieillard et qui existent peut être chez l’enfant ?