L’AFFECTIVITE .
Qu’est-ce que l’affectivité ?
Le dictionnaire donne les définitions suivantes :
Affectivité ,:Ensemble des phénomènes affectifs,émotions, sentiments, passions,…-Affectif :Qui relève des affects, de la sensibilité, des sentiments en général –
Affect : impression élémentaire d’attraction ou de répulsion qui est à la base de l’affectivité. – Sensibilité : aptitude à réagir à des excitations extérieures ou intérieures.
On peut donc en dégager l’idée suivante : une émotion c’est d’abord une réaction hormonale ( animale ) dans une relation au sociétal, relation à laquelle l’être humain donne un sens.. C’est ce qui le différencie de l’animal.
L’affectivité s’enrichit grâce à l’intelligence qui analyse et définit le sens relationnel et l’enrichit de toutes les connaissances mémorisées. Mais l’intelligence ne peut se développer que dans le contexte relationnel, au sens large, avec le sociétal, c’est le désir de comprendre pour maîtriser et anticiper.
Nota :Le sociétal est l’ensemble de notre environnement, physique ( y compris le climat),,humain ( y compris nous-même); car nous faisons partie de notre environnement avec notre histoire personnelle, nos valeurs, notre état de santé, notre état mental,…
Comment ça fonctionne ?
Chez l’animal, y compris l’être humain, quand un danger menace l’intégralité du corps et donc la vie de l’animal, le système nerveux donne l’alerte au cerveau. Celui-ci met alors en place les moyens de défense pour fuir ou combattre qui sont : la production d’hormones par le système endocrinien, et leur transport par le système lymphatique.
L’hormone la plus connue est l’adrénaline, produite par les glandes surrénales. Elle agit sur de nombreux organes : dilatation des artères coronaires entraînant une accélération du cœur pour fournir plus de sang aux cellules, rétrécissement des vaisseaux sanguins pour augmenter la tension, élargissement des pupilles pour améliorer la vue, accélération de la respiration pour augmenter la quantité d’oxygène disponible, dégradation du glucose par le foie pour alimenter les muscles et les rendre plus efficaces, érection des cheveux et des poils pour amortir les chocs, suées pour refroidir le corps. La transmission au cerveau ne se fait qu’après évaluation de l’importance du danger par le système nerveux, pour éviter la paralysie brutale par la peur.La douleur n’est ressentie que lorsqu’elle arrive au cerveau, ce qui explique des situations de blessures graves ressenties à retardement comme la perte d’un doigt ou d’une main par exemple.
Tels sont les moyens, parmi de nombreux autres, utilisés par l’animal pour faire face au danger.
Chez l’être humain nous verrons plus loin la transformation des effets du système hormonal par l’affectivité aidée par l’intelligence, quand nous aurons abordé Wallon et Piaget
Wallon et l’affectivité.
Chargé de la formation des maîtres de l’enseignement spécial, en 1969, à Montpellier, j’ai dû enseigner Wallon aux stagiaires. Il m’a donc fallu étudier son oeuvre, que j’ai pratiquement découverte à ce moment là.
Henri Wallon est un psychologue français né en 1879 et mort en 1962, qui a profondément marqué la pédagogie, en y introduisant l’étude de l’évolution de l’affectivité chez l’enfant. Il a été chargé par de Gaulle d’établir un plan de restructuration de l’enseignement avec Paul Langevin : le plan Langevin-Wallon. Il est à l’origine de la création du corps des psychologues scolaires.
C’était un homme de gauche, qui n’a jamais voulu s’intégrer à un parti, pour conserver toute sa liberté d’expression. Mais quand les allemands ont arrêté et déporté un de ses meilleurs amis, communiste, il est allé prendre la carte du parti pour le remplacer. Carte qu’il a rendue à la libération.
Il ne s’agit pas ici, bien sûr, de l’analyse exhaustive de l’œuvre de Wallon, mais de mon analyse, ce que j’en ai retenu personnellement, et qui a modifié mon échelle de valeurs et permis à mon éthique d’évoluer
.Analyse de l’affectivité d’après Wallon.
Wallon considère que l’être humain se distingue des autres animaux par son système de relations avec le sociétal, et les autres êtres humains en particulier. Pour lui c’est cela l’affectivité.
L’être humain, dès la naissance, a un besoin vital de communiquer avec les autres, sinon il meurt. Car il naît le plus prématuré de tous les mammifères. Un chaton sait trouver la mamelle de sa mère, un bébé humain non. Il faut qu’un adulte le mette en contact avec le sein, à partir de là il peut trouver le mamelon. Et toute sa vie l’être humain aura besoin des autres pour se développer, sinon il reste un animal Un adulte occidental qui serait abandonné nu, sans outils et sans armes sur une île déserte, ne survivrait pas longtemps. Nous avons trop besoin des autres et n’existons que grâce à eux. Defoë s’est arrangé pour donner rapidement un compagnon, Vendredi, à son Robinson Crusoé, pour rendre son roman plausible ; et les quelques spécimens d’enfants sauvages connus n’ont certainement pas été séparés de leur .mère dès la naissance.
Je n’existe en effet qu’à travers les autres. Je ne sais plus qui a dit : Je dis JE parce que d’autres m’ont dit TU. Je suis l’ensemble des liens que je lie avec les autres, sans le savoir les autres sont une partie de moi, partie d’autant plus importante que les liens affectifs sont plus forts. Et la réciproque est vraie.
Wallon a étudié les étapes du développement de l’affectivité chez l’être humain de la naissance à l’âge adulte ( voir son Evolution psychologique de l’enfant ) et a ainsi grandement enrichi la pédagogie.
Pour échanger il faut pouvoir communiquer, d’où l’importance pour Wallon des moyens de communication. Il constate qu’à chaque progrès de ces moyens la civilisation évolue, ce qui explique la longue étude historique de cette évolution au début de mon analyse. Et nous vivons un moment important de cette évolution par l’apparition de moyens de plus en plus puissants et de plus en plus rapides avec l’informatique.
Penser, c’est dialoguer avec soi-même, certaines personnes soliloquent d’ailleurs à haute voix L’affectivité doit donc aussi permettre des moments d’isolement pour retrouver le JE. Communiquer avec soi est aussi essentiel pour se construire. Or les moyens actuels nous submergent d’informations en dispersant l’individu et en l’empêchant de prendre le temps de trier et d’intégrer ces informations. Ils l’isolent des autres ( T.V. en famille ou écouteurs en public) mais ne lui permettent pas le temps de la réflexion. Ils constituent donc un double obstacle, et la civilisation va devoir trouver, et trouvera, un équilibre. Mais ce sera une mutation probablement importante
Une autre pensée de Wallon m’a profondément marqué. Il constate que tout échange laisse en nous une trace, qui ressurgit par moments : « Un tel disait…», « Untel faisait… » disons nous parfois. Et cette trace nous la transmettons à notre tour. Certains de nos comportements, de nos jugements, de nos remarques, viennent de nos parents, et à travers eux, de nos grands parents, peut-être de nos aïeux, nous ne savons pas. Il est évident que nous portons en nous des traces de Cro-Magnon et même des premiers hominidés, par exemple la peur et la fascination pour le feu. C’est ce que Wallon appelle la vraie vie éternelle
Wallon considère donc les échanges comme base de l’affectivité. « Qui parle sème, qui écoute récolte » ( Platon, cité par G. Frèche ), mais l’échange exige la communication et celle-ci dépend des moyens employés.
Tout a commencé probablement par le dialogue entre deux interlocuteurs, ce qui est à mon avis le plus riche moyen de communication. Il dépend d’abord du niveau de langage : on ne s’enrichit pas de la même façon en dialoguant avec un individu maîtrisant parfaitement la langue ou un immigré commençant à pratiquer le français. Mais les mots ne sont pas les seuls éléments du message.
La voix, selon son débit, sa tonalité, ses silences, la mimique, les yeux surtout, l’attitude du corps ( détendu, raide, crispé, agité ), jouent aussi un rôle essentiel en ajoutant aux mots une connotation affective, parfois plus importante que le texte lui-même.
L’écrit est venu beaucoup plus tard, nous l’avons vu. C’est essentiellement le niveau de langage qui joue ici car tous les ajouts affectifs ont disparu, et il n’y a plus de dialogue
Le téléphone permet de retrouver la voix, qui peut d’ailleurs être banalisée comme une voix de standardiste, mais le dialogue redevient possible.
Internet supprime la voix, et l’écrit est souvent réduit au strict minimum.
Donc le moyen de communication choisi facilite ou inhibe l’échange. Or les moyens les plus utilisés actuellement sont le téléphone et internet.
L’INTELLIGENCE
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Qu’est-ce que l’intelligence ?
C’est un mot courant mal défini et mal connu, mais que tout le monde emploie souvent.
Le dictionnaire nous dit que l’intelligence est la faculté de comprendre, de saisir par la pensée, c’est aussi l’aptitude à s’adapter à une situation. La meilleure définition est, je crois, celle du Dr Binet :’’ l’intelligence c’est ce que je mesure ‘’.
En effet, puisque l’intelligence est la faculté de s’adapter à une situation donnée on peut, dans certaines circonstances, mesurer le degré de cette adaptation. Ce sont les tests d’intelligence. L’intelligence est donc bien ce que j’essaie de mesure, car la mesure n’est pas toujours exacte.
L’intelligence d’un chercheur n’est pas la même pour la recherche fondamentale et la recherche appliquée, pour un ingénieur, un artisan, un compagnon, et pour un écolier. Les tests scolaires de Binet-Simon mesurent l’adaptation de l’élève à un certain type d’enseignement, on en déduit à tort qu’ils mesurent l’intelligence en général.
Dans un couple en général les tâches sont réparties et chacun est plus intelligent que l’autre dans son domaine. L’intelligence est donc une notion qu’il faut se garder de généraliser. Il n’y a pas d’individus plus intelligents que d’autres ; il y a des individus qui s’adaptent plus facilement que d’autres et qui s’adaptent mieux dans certains domaines. Mais c’est le résultat de leur histoire et des hasards de leurs rencontres avec le sociétal. L’individu le plus intelligent ne s’adaptera jamais à toutes les situations quelles qu’elles soient : Einstein perdu dans la forêt tropicale sera moins intelligent qu’un autochtone.
On confond trop souvent, dans notre civilisation, intelligence et travaux intellectuels, voire intelligence et diplômes, ce qui est une erreur qui peut avoir de graves conséquences.
Comment ça fonctionne ? On dit souvent que l’ontogenèse reproduit la phylogenèse. Voyons un peu ce que nous avons appris sur le développement de l’humanité et comparons avec le développement de l’individu.
L’animal communique avec les autres et avec lui-même pour chasser, cueillir et se défendre. Il utilise pour cela son corps : les odeurs pour marquer son territoire ou repérer un itinéraire, la vue pour mémoriser des lieux, le goût pour choisir sa nourriture, son comportement pour intimider ou séduire. Ce sont des réflexes montés à partir d’expériences réussies ou du dressage par les adultes de son espèce.Les premiers hominidés ont certainement utilisé les mêmes moyens de communication auxquels ils ont rapidement donné un sens. Nous en utilisons d’ailleurs nous-même encore aujourd’hui : regards ou comportements pour intimider ou séduire.
Le bébé utilise les cris, les pleurs ou le comportement pour appeler, dire qu’il a faim ou qu’il souffre. Mais la mère sait vite distinguer la signification de ces cris ou ces pleurs. Elle leur donne donc un sens et le bébé va apprendre à s’en servir. La communication est alors porteuse de sens et n’est plus un simple réflexe.
Plus tard les hominidés ont découvert la parole, grâce au développement du larynx et de la boite crânienne. Le bébé, lui, découvre la parole en faisant l’apprentissage de l’utilisation de l’appareil phonateur, à travers la lallation et le babil. Les premiers mots utilisés par imitation de l’entourage, comme tous les suivants d’ailleurs, lui font découvrir leur utilité : appeler, dire qu’on a faim, qu’on souffre, etc., comme les cris. Mais il découvre peu à peu que le mot permet aussi de dire la chose, alors qu’elle est absente, il représente la chose. Avec le langage l’enfant découvre et utilise la représentation, c'est-à-dire l’abstraction. Mais cela ne veut pas dire qu’il accède à la pensée abstraite, ce qu’il ne fera que vers onze ans. Il découvre qu’on peut représenter le concret mais il restera étroitement lié au concret. Nous verrons plus loin en quoi consiste la pensée abstraite.
L’être humain à ce moment là vient de se séparer des autres animaux car ceux-ci ne peuvent pas parler pour des raisons physiologiques, ils n’ont pas d’appareil phonateur. On a d’ailleurs fait l’expérience d’élever ensemble un bébé humain et un bébé chimpanzé nés le même jour ; leurs développements ont été parallèles jusqu’à ce que le bébé humain accède au langage. Son développement s’est alors accéléré alors que celui du chimpanzé est resté stationnaire.
Le singe peut montrer des images et même des signes abstraits quand on les nomme, mais ils ne sont pas intelligents, ils agissent par réflexes après un apprentissage répétitif, ils ne donnent pas un sens au signe, ils font un lien entre un son et un dessin, un peu comme le chien de Pavlov, en utilisant leur mémoire. C’est selon ce principe qu’on dresse les animaux de cirque, et nous y reviendrons quand nous analyserons l’anthropomorphisme que nous prêtons aujourd’hui aux animaux.
Vers onze ans l’enfant accède à l’intelligence hypothético-déductive. Au lieu de représenter des actions sur le concret il va représenter des actions sur l’abstrait. Exemples : en
mathématique, à l’école élémentaire il a découvert et mémorisé que 5 objets et 3 objets font toujours 8 objets, et il mémorisera 5+3=8 qui représente une action concrète sur des objets concrets. Dans le second degré il va découvrir que 3x+2=4y pouvant représenter n’importe quelle opération concrète sur n’importe quels objets concrets, mais qu’on pourra traduire par cette équation. De même pour les nombres, il apprend à l’école élémentaire les nombres entiers représentant des collections, ou des mesures concrètes transformées en collections d’unités. Au secondaire il apprendra de nouveaux nombres ne pouvant plus être concrétisés, par exemple le nombre imaginaire i tel que i²=-1 ou le nombre e base des logarithmes népériens. De même en chimie on peut imaginer de nouvelles molécules en utilisant les signes représentant les atomes des corps simples, exemple CO².
L’intelligence est donc née de l’abstraction comme moyen de communication et a conduit à la pensée abstraite complètement libérée des contingences du concret. Elle utilise aujourd’hui, dans notre civilisation occidentale, trois principes de base : le temps, l’espace et la causalité.
La notion de temps s’est organisée à partir de l’observation de la durée et des rythmes (jours, saisons, années). Est venu ensuite le besoin d’évaluer, puis de mesurer le temps, pour mieux le maîtriser dans les activités humaines : calendriers pour l’agriculture, instruments pour les activités quotidiennes tels que sabliers ou horloges. Lorsque les mathématiques sont apparues on a pu créer une mesure du temps, grâce aux instruments. Enfin mathématiquement est née la notion de temps infini, d’éternité, rejoignant ainsi l’idée de vie éternelle imaginée par l’affectivité.
Pour l’espace, une démarche proche de celle de l’invention du temps s’est construite à partir de l’observation des situations de mitoyenneté ( topologie ) et de distance , liée à la notion d’effort au départ. Plus tard les voyages ont amené l’élaboration de cartes (représentation de l’espace ) .Les mathématiques introduiront la notion de longueurs et de leur mesure, puis la notion d’espace abstrait de la géométrie et là encore de la notion d’infini ( univers ), que l’on confond souvent avec illimité.
Les notions de temps et d’espace ont été inventées pour comprendre notre univers, et n’ont pas de sens en dehors de lui,. ‘’ qu’y avait-il avant la naissance de l’univers ?‘’,’’ qu’y a t’il en dehors de l’univers ?’’ n’ont donc aucun sens.
La causalité, qui est à la base de la rationalité, est probablement née de l’observation de deux évènements se succédant toujours dans le même ordre. La causalité exige la succession, donc le temps, et la nécessité.
Aujourd’hui ces trois bases sont remises en cause : le temps et l’espace par la relativité et la causalité par les dernières théories engendrées par la théorie quantique. Mais temps espace et causalité servent toujours pour résoudre tous les problèmes de notre vie courante.
Piaget et l’intelligence.
Comme pour Wallon, j’ai découvert l’œuvre de Piaget en 1969 quand il m’a fallu l’enseigner.
Jean PIAGET (1896-1980) est un psychologue suisse, fondateur de la psychologie génétique.
Adolescent il se destinait à la biologie et avait conduit une étude sur les limnées lacustres des lacs suisses, étude qui remettait en cause d’ailleurs la non hérédité des caractères acquis. Il s’est alors posé la question :’’Comment suis-je arrivé à acquérir toutes ces connaissances alors qu’en naissant je ne savais rien ?’’ c’était le fondement de la psychologie génétique.
Il conduisit systématiquement l’observation de ses enfants au cours de leur avancée en âge, ce qui lui permit d’élaborer sa théorie des stades de développement de l’intelligence, mais aussi de découvrir que cette évolution n’est pas univoque : tel enfant, à un âge donné, peut être en avance dans tel domaine, mais il est en retard dans tel autre. L’important est que, vers tel âge, la majorité des enfants a atteint tel niveau dans l’ensemble des domaines.
Il ne s’agit pas ici aussi de l’analyse exhaustive de l’œuvre de Piaget, que je serais bien incapable de faire aujourd’hui, mais de ce que j’ai retenu de son œuvre et constitue une base privilégiée de mon approche des problèmes d’aujourd’hui.
J’ai retenu chez Piaget sa théorie structuraliste et son concept d’assimilation et son principe de motivation.
L’ensemble de nos connaissances constitue une structure, c'est-à-dire que les connaissances sont reliées entre elles et forment des réseaux. Ce qui fait que lorsqu’une connaissance survient dans notre pensée, elle appelle de nombreuses autres connaissances qui peuvent enrichir cette pensée. Par exemple je pense à l’eau qui est reliée à la notion de trois états des corps ce qui m’amène à l’idée de vapeur d’eau, de là à la pluie, mais aussi à la neige et à la grêle. On peut ainsi voir qu’en relation avec d’autres notions je vais aborder le climat. Par exemple encore je sais que les molécules d’eau sont chargées d’ions positifs et que la terre est une formidable réserve d’ions négatifs, ce qui me conduira à la foudre et au paratonnerre en utilisant les lois de l’électricité. Une structure est donc beaucoup plus que la somme des éléments,elle est non seulement cette somme mais surtout toue la richesse des liaisons possibles.
Mais la théorie structuraliste s’applique aussi aux valeurs.Les valeurs ne sont vraiment utiles que si elles constituent une structure dans laquelle chaque valeur est reliée aux autres, qui la renforcent et la justifient.
Quand une structure est équilibrée, c'est-à-dire que tous ses éléments sont organisés en réseaux ; alors on se sent en équilibre avec soi-même, ‘’bien dans sa peau’’ selon l’expression populaire, surtout pour les valeurs. C’est ce que j’appelle le bonheur, à ne pas confondre avec la joie.
Une connaissance nouvelle n’est utile que si nous sommes motivé. Nous avons tous vécu la situation d’une conférence à laquelle nous sommes obligé d’assister et qui ne nous intéresse pas. Nous n’écoutons pas, nous pensons à autre chose. Par contre si je suis motivé je vais écouter attentivement. Une connaissance nouvelle m’est proposée, qui m’intéresse. Si cette connaissance peut entrer dans ma structure, c'est-à-dire établir des liens avec mes autres connaissances, alors elle fera partie de cette structure, elle sera assimilée dit Piaget ( c’est un terme de biologiste ! ) ; sinon elle sera tôt ou tard oubliée. Nous avons tous connu aussi ces informations qui nous intéressent sur le moment, dans un domaine qui nous est étranger, et que nous oublions au bout d’un temps plus ou moins long.
Piaget m’a donc apporté trois notions : structure, équilibre et motivation. Nous verrons que ces notions sont essentielles en pédagogie.
CONCLUSION.
Nous pouvons donc dire que c’est l’affectivité qui commande l’intelligence à travers la motivation. L’intelligence n’est que l’outil qui nous permet d’enrichir nos relations avec le sociétal, l’environnement humain surtout.
Mais l’intelligence dépend des connaissances assimilées au cours de notre vie, c'est-à-dire de notre histoire personnelle, étroitement liée au sociétal. Car c’est le monde qui nous entoure qui nous apporte des connaissances,à partir desquelles nous pouvons en construire de nouvelles. C’est vrai aussi pour nos valeurs, apportées d’abord par notre entourage, puis enrichies et modifiées au fil des ans par nos rencontres avec les autres.
Mais pour les valeurs toute rencontre brutale avec des valeurs nouvelles non assimilables déséquilibre notre structure et déstabilise l’individu. Toute évolution de valeurs doit être modérée pour permettre l’assimilation, qui transforme alors notre échelle de valeurs, ce qui est très perturbant.
C’est le cas actuellement pour les chocs de civilisations des immigrés. Mais c’est aussi le cas pour chacun de nous avec les confrontations de valeurs entre « étrangers » et entre générations, surtout pour les plus âgés d’entre nous. Avec internet et les moyens rapides de déplacement brassant les populations, nous sommes en train de vivre probablement un changement important de civilisation, comme il y a sept mille ans avec l’invention de l’écriture et il y a cinq cents ans celle de l’imprimerie.
Nous aurons l’occasion d’y revenir dans l’étude des problèmes actuels de notre société.
R. Peleing