Le cabri bêle en passant désespérément sa fine tête luisante entre les barreaux du parc. Le poulain se sauve comme un fou dès que vous entr'ouvrez la porte. Et les enfants devraient, si l'on vous écoutait, rester sages et passifs dans le carcan de vos bancs-pupitres, calmes et silencieux dans ces cours nues qui ressemblent tellement à l'enclos grillagé où les poules s'usent à gratter et à tourner en regardant avec envie l'herbe qui pousse dans le secteur libre !

Vous ne voudriez pas qu'ils parlent de prison ; la boutade de Montaigne, « geôles de jeunesse captive », vous irrite. Hélas ! si les enfants pouvaient parler !

Ils parlent. Parce que nous leur avons donné la parole, parce que nous leur avons appris la dignité de leurs pensées et l'éminente portée de toute sensibilité qui éclate et déborde.

Ce poème, « Le pensionnat », que nous envoie Annie Long (14 ans), de l'école de Peynier (B.-du-R.), je l'aurais peut-être écrit il y a quarante ans. Mais personne alors n'aurait enregistré ma plainte ; on aurait ri de mon audace et raillé mon désespoir.

On nous dit qu'Annie avait échoué au C.E.P. à cause de sa faiblesse en français et que c'est un peu pour la punir qu'on l'a exilée au pensionnat de Marseille.

Les bardes du moyen âge auraient, eux aussi, échoué au certificat. Mais ils savaient émouvoir et chanter.