Si c'est possible ! Labourer. avec, une charrue à âne au siècle du tracteur et de l’avion !

-Et vous écrire encore avec cette même plume souple de mon arrière-grand-père, qui se tord et grince, qui. bave ou ne donne plus d'encre, cette encre si vite. décomposée qui déborde les encriers ,ou sèche lamentablement sur un fond de mouches noyées !

Vous regardez mon âne au poil sec qui se traîne avec peine jusqu'au bout du sillon. Ah ! certes, c'est la décadence de la charrue à âne comme de votre plume souple ! Le temps n'est plus où le paysan excellait à atteler sa monture avec des harnais enjolivés et cirés, et la chaîne à grelots de cuivre brillant qui chantaient au trot de la bête. Le temps n'est plus où l'écrivain traçait avec une dextérité artistique les signes majestueux de son écriture. Votre porte-plume à cinq francs ne vaut pas mieux aujourd'hui que mon âne au poil sec.

L'enfant accourt :

Dis, papa, pourquoi m'apprendre à conduire un âne, puisque, quand je serai grand, j'aurai un vélo, une pétrolette, ou peut-être une auto ?...

Dis donc, pourquoi m'enseigner à écrire avec cette plume de mes grands-pères, puisque quand j'aurai quitté l'école, j'aurai un stylo, ou peut-être une machine à écrire Donne-moi un stylo de suite : tu n'aurais plus à me punir pour l'encre versée, la plume tordue et le bois mâchonné !

Non, je ne suis pas fier de mon âne à. poil sec et je le changerais bien, demain, pour un petit tracteur docile et rapide. Ne tirez pas gloire, vous autres, de vos outils centenaires, et demandez donc aux inventeurs et aux techniciens de s'arrêter un instant de tirer des plans sur la bombe atomique et de construire, pour tous les enfants de France, le stylo scolaire de l'an 1948.