Biographie de Freinet

Célestin Freinet, né en 1896 à Gars, petit village de l’arrière-pays de Grasse (A.M.), restera définitivement marqué par son enfance, dans le respect de la vie et de la nature, mais aussi le refus de l’isolement culturel.

Après avoir préparé le brevet à Grasse, il entre en 1912 à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Nice. La guerre l’empêche de terminer sa formation pédagogique. Il est mobilisé à 18 ans ½, très grièvement blessé au thorax à 21 ans, mutilé de guerre à 70%.

Après une longue convalescence, il devient néanmoins instituteur à Bar-sur-Loup en janvier 1920. Son incontestable difficulté respiratoire influence moins sa décision de changer de pédagogie que son rejet du dogmatisme scolaire et de l’endoctrinement nationaliste qui avaient sévi avant la Grande Guerre. Il l’exprime alors dans ses nombreux articles de « L’Ecole Emancipée » (revue syndicale de la Fédération de l’Enseignement), puis de « Clarté » (revue animée par H. Barbusse). Il s’intéresse aussi à tous ceux qui, hors de France, veulent changer l’éducation et voyage l’été en Allemagne, en Suisse, en URSS.

En 1924, il introduit une petite imprimerie avec laquelle ses jeunes élèves impriment leurs textes libres et leurs enquêtes. L’année suivante, sa classe échange les imprimés avec celle d’un collègue et, en 1926, commence une véritable correspondance scolaire en y ajoutant des lettres, des colis.

C’est en 1926 que Freinet épouse Elise Lagier-Bruno, institutrice et artiste (prix Gustave Doré 1927). Elle deviendra l’animatrice des activités artistiques.

Déjà se constitue autour de lui un noyau d’instituteurs qui participent au bulletin « L’Imprimerie à l’Ecole », créent « La Gerbe », recueil périodique de textes d’enfants, se rencontrent à Tours en 1927. En 1928, ce groupe fusionne avec la « Cinémathèque Coopérative de l’Enseignement Laïc » (qui prête de petits films documentaires) pour former la « Coopérative de l’Enseignement Laïc » (CEL) et le bulletin s’ouvrira aussi au cinéma, à la radio, aux disques et à l’espéranto.

En 1928, Freinet est nommé à Saint-Paul de Vence. Il supprime l’estrade, développe la vie coopérative de sa classe. Pour s’opposer aux manuels scolaires, la CEL publie en 1931 les premiers fichiers autocorrectifs, inspirés de recherches américaines, des fiches documentaires et, en 1932, la revue « Bibliothèque de Travail » (BT). Le bulletin pédagogique devient revue et s’appelle désormais « L’Educateur Prolétarien ».

Début 1933, Freinet est confronté à une cabale locale, orchestrée nationalement par « L’Action Française », journal d’extrême-droite de Ch. Maurras. Comme une majorité de parents refusent la grève scolaire que la municipalité voudrait leur imposer, les adversaires de l’instituteur prétendent empêcher par la force la rentrée après Pâques. Une manifestation violente amène l’administration à demander à Freinet de se mettre en congé et décide ensuite de le déplacer d’office.

Désormais en congé de longue durée que son statut de mutilé de guerre ne permet pas de lui refuser, Freinet, tout en poursuivant l’animation de son mouvement, propose un Front de l’Enfance, qui serait la facette éducative du projet politique de Front Populaire. Le faible écho rencontré le décevra.

Il décide de créer sa propre école mixte avec internat à Vence. Il la construit avec des amis et l’ouvre en octobre 1935, mais l’administration fait le maximum pour l’en empêcher. Elle sera déboutée en 1936. Cette école populaire laïque sera un lieu d’expérimentation pédagogique et, chaque été, de formation d’enseignants volontaires. Les membres actifs du mouvement se comptent maintenant par centaines.

Début février 37, l’école Freinet commence à accueillir, en plus de ses petits pensionnaires, des enfants espagnols qui ont fui la guerre civile. Le journal scolaire devient bilingue et le bilan pluriculturel se révèle très positif.

Après la déclaration de guerre de 1939, on fait pression sur Freinet pour qu’il retire l’adjectif « prolétarien » du titre de sa revue, mais cela n’empêche pas les censures arbitraires continuelles de textes purement pédagogiques. Le journal des enfants est interdit, parce que « suspect de contenir des messages codés ». En mars 1940, Freinet est arrêté et interné (il ne sera libéré qu’en octobre 41). L’administration veut contraindre Elise Freinet à fermer immédiatement l’école, avant même qu’elle ait pu rendre à leur famille ou confier les petits pensionnaires dont elle a la charge. En mars 41, enfin, elle confie l’école à une association tchèque qui en profitera pour sauvegarder aussi des enfants juifs, puis elle se retire chez sa mère à Vallouise (H. A.). Freinet la rejoindra dès sa libération. C’est pendant son inactivité forcée qu’il rédigera ses principaux livres : Conseils aux parents, L’Ecole Moderne Française, L’Education du Travail, Essai de Psychologie Sensible.

En 44, il rejoint le maquis de Béassac et deviendra membre du Comité Départemental de Libération des Hautes-Alpes à Gap. Il dirige un centre d’accueil pour enfants victimes de guerre, puis relance son mouvement.

En 1946, il rouvre l’école Freinet, redémarre la CEL qui s’installe désormais à Cannes. Pour éviter toute confusion péjorative entre la coopérative commerciale CEL et le mouvement pédagogique, il propose la création de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne (ICEM) qui sera officialisé en 47. C’est maintenant par milliers qu’on compte les militants et les abonnés aux revues.

Freinet développe la notion de « méthodes naturelles », dans toutes les disciplines scolaires, grâce au tâtonnement expérimental des enfants. Il propose la création de brevets partiels pour remplacer classements et examens.

Elise Freinet forme les enseignants de l’ICEM à l’animation du dessin et de la peinture libres. Elle crée la notion d’ « art enfantin ».

En 48, le cinéaste Jean-Paul Le Chanois réalise le film « L’Ecole buissonnière », inspiré librement de l’action de Freinet. C’est un immense succès.

Alors que Freinet était depuis 1926 membre du Parti Communiste, il est d’abord victime de rumeurs calomnieuses sur son attitude pendant la guerre, puis en 1950 de critiques violentes de sa pédagogie et, en 53, du fonctionnement de l’ICEM et de l’entreprise CEL. C’est la rupture qui, néanmoins, ne portera pas préjudice au mouvement ne cessant de se développer.

Devant les problèmes posés par le nombre excessif d’élèves, Freinet lance en 1955 la campagne « 25 élèves par classe ». Après des réactions syndicales sceptiques, le mot d’ordre sera largement repris.

Pour prendre en compte l’impact international de la pédagogie Freinet dès l’origine, se crée en 1957 la Fédération Internationale des Mouvements d’Ecole Moderne (FIMEM).

En 1961, une rupture se produit avec le groupe parisien. Fernand Oury fonde son Groupe d’Education Thérapeutique (GET) où il met progressivement en place sa « pédagogie institutionnelle » (il ne se rapprochera de l’ICEM qu’en 1979).

En 63, réagissant aux prétentions américaines de machines à enseigner, Freinet s’intéresse à la programmation et crée les bandes enseignantes, à l’époque où les petits ordinateurs n’existaient pas.

En 65, il accepte de se faire représenter aux réunions préparant une « Déclaration commune des groupes et mouvements se réclamant de l’éducation nouvelle » et formeront ensuite le CLEN (Comité de Liaison pour l’Education Nouvelle).

En février 66, Freinet tombe sérieusement malade et, pour la première fois, ne pourra animer lui-même le congrès international de l’Ecole Moderne à Perpignan. Il décède en octobre et se fait inhumer dans son village natal de Gars.

Après sa mort, son mouvement poursuit la tâche entreprise par le fondateur. Freinet est, sans conteste, le pédagogue français du 20e siècle dont le rayonnement international est le plus large.

L’école Freinet abandonne son internat en 1971 et n’accepte plus que des externes. Rachetée par l’Etat en 1991, elle devient école publique à statut spécial. Ses locaux sont désormais inscrits au patrimoine historique.

 

Michel BARRE

Ce site, au service du mouvement ICEM34 - pédagogie Freinet, en est à sa troisième évolution (voir : Histoire du site).

Site réalisé par Cédric Serres et Pierre Cieutat, dessins et logo  par Lois René, bandeau par Cécile Prunier.

Contacter les administrateurs

Site réalisé sous Joomla à l'aide de Template creator (merci Cédric) et hébergé chez OVH
Association ICEM34 - association loi de 1901 enregistrée à la préfecture de l'Hérault