Réponse à Xavier DARCOS

Par Benoît GUERREE,

Professeur des Ecoles, Montpellier

Le 30 Juin 2007, le nouveau ministre de l'Éducation Nationale, Xavier Darcos, a tenu des propos relatés dans le Figaro Magazine, propices à alerter l'ensemble des membres de la communauté éducative.

Les arguments invoqués dans l'article "Il faut rétablir l'Éducation Nationale", dénotent à la fois une méconnaissance des réalités actuelles de l'enseignement et un engouement profond pour un retour aux valeurs réactionnaires de l'école de Ferry (Jules, pas Luc).

Le message professoral de Darcos va tellement à l'encontre des travaux réalisés par les pédagogies nouvelles depuis de nombreuses années qu'il me semble essentiel d'y répondre, au moins sur certains points.

 

Tout d'abord, il affirme croire à "l'école de la transmission, de la verticalité. Car communiquer, ce n'est pas transmettre". Pourtant, la transmission des savoirs est bien plus complexe qu'une simple relation verticale enseignant/enseigné. Ainsi, dans une école où nous souhaitons plus construire avec les enfants que produire des êtres formatés, il est clair que si personne ne sait tout, chacun sait quelque chose. C'est pour cela qu'à l'école de la verticalité, j'oppose celle de la parité, de la mutualisation, de la coopération. L'acte d'apprendre ne peut se résoudre à un empilement de connaissances provenant d'en haut mais participe d'une démarche subtile où le co-apprentissage a sa place. En effet, un élève "tuteur" qui explique quelque chose à son camarade apprend tout autant que l'élève "tutoré". C'est à travers des travaux réalisés ensemble, dans la concertation et l'absence de compétition, que les enfants acquièrent des savoirs mais aussi des compétences.

 

Notre ministre est restrictif lorsqu'il fait l'apologie des temps passés "c'est le savoir lui-même qui faisait autorité parce qu'il représentait une garantie de progression, de carrière, d'insertion." Pour étayer cette assertion, rien de tel, selon lui, que l'exemple du fils d'ouvrier devenu enseignant et donnant naissance à des  enfants énarques, polytechniciens ou normaliens. Non, le savoir n'est pas l'unique clé de voûte de la réussite sociale, et cette dernière n'est pas assujettie aux diplômes d'écoles prestigieuses, méritocratiques, où les valeurs véhiculées sont la compétition, la productivité, l'argent.

C'est bien en étant confronté à des apprentissages contextualisés (et non sortis du chapeau par le maître tout-puissant), vécus (et non subis) que l'élève pourra s'approprier une culture émancipatrice, réel objectif de l'éducation, qu'elle soit à l'école, à la maison ou ailleurs. Pour être acteur de sa vie plus tard, un enfant doit l'être dès aujourd'hui, grâce à un environnement (maître-esse inclus) qui joue un rôle de catalyseur et de garant d'une sécurité affective, pédagogique et physique. Il doit aussi être libre, et pour cela certaines conditions doivent être réunies : la liberté des autres, l'autonomie, l'initiative, la culture commune...

 

"Il faut rétablir l'éducation civique. C'est-à-dire enseigner ce que sont les institutions..." C'est ainsi, apparemment, que "la citoyenneté authentique" reviendra... Or, la citoyenneté (ou la participation active à la vie de la cité), ne s'apprend pas mais elle se vit. Comment? En décidant collectivement des règles et du fonctionnement de la classe et de l'école, en adéquation avec les droits fondamentaux des êtres humains. Par exemple, dans notre classe, des propositions sont émises, discutées puis votées et si elles sont validées, elles seront appliquées et contrôlées par nous tous. Ainsi, les élèves construisent leur environnement, tout en appréhendant concrètement toutes les étapes de démocratie directe nécessaires à la vie en collectivité.

A la question posée cette année dans notre classe coopérative de CM1-CM2 : "qui c'est qui fait la loi qui fait que Douâa n'a pas le droit de rester en France à cause des papiers?", deux réponses se sont dessinées. D'une part, un descriptif des institutions républicaines françaises, du ministre qui propose, au Parlement qui amende et valide, jusqu'au policier qui interpelle. D'autre part, des échanges et actions à ce sujet. La petite Douâa en question, élève de la classe, a bien failli ne plus en faire partie (Libération du 21 Mars 2007), mais le soutien de ses camarades, associé à une mobilisation de tout un quartier, lui a permis de continuer à vivre avec nous. Cela ne plairait pas à M. Darcos : "L'irruption perpétuelle des grèves, du militantisme, des débats sociaux dans l'enceinte de l'école ne sont pas de nature à favoriser la relation maître-élève. [...]. On promeut à juste titre dans les écoles un amour de l'humanité, [...] mais on finit par ignorer son voisin immédiat. Il y a une forme d'altruisme à distance et de misanthropie de proximité". Douâa était pourtant notre voisine on ne peut plus proche. L'école qui a sur son fronton le mot "égalité" peut elle faire le tri entre ses élèves? En discuter, ça s'appelle de l'éducation civique...

 

Enfin, il est un principe qui – pour l'heure – est toujours d'actualité : la liberté pédagogique. Les enseignants ne sont pas et ne deviendront pas la courroie de transmission du pouvoir en place. Soit, contrairement aux dernières  injonctions : nous nous tutoierons mutuellement dans notre classe, nous nous lèverons lorsque c'est nécessaire et la colonisation ne sera pas plus positive que les paroles de la Marseillaise.

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