En début d’année, convient-il de « serrer la vis » ?

 

Présents : Etienne, Mireille, Flore, Isabelle R, Isabelle H, Magali, Olivia, Sylvain, Tayeb, Martine, Nathalie, Pierre, Benoît, Chantal, Lazare, Abiba, Cécile, Céline, Cédric

Problématique : en début d’année, ou en début de carrière, il est souvent conseillé de « serrer la vis » de manière ensuite à pouvoir permettre plus  de souplesse, d’espace et de libertés. Il s’agit avec une telle attitude de se positionner en tant qu’adulte responsable de la classe et de développer une autorité initiale indispensable pour construire la vie de la classe et son climat de travail. Que penser de cette orientation ? Est-ce la seule ?

« Si tu joues au policier, ils joueront aux bandits.

Si tu joues au Bon Dieu, ils joueront aux diables.

Si tu joues au geôlier, ils joueront aux prisonniers.

Si tu es toi-même, ils seront bien embêtés.  » (F. Deligny : Graine de crapule.)

Ce n’est pas un questionnement qui se limite aux débutants.

Il s’agit plutôt de trouver un fonctionnement, des choix pédagogiques qui nous correspondent, sous peine de ne pas s’y retrouver. On risque sinon de jouer un rôle en classe et ne pas s’y sentir soi.

Pourtant, la coopération est un choix qui dépasse souvent le simple développement naturel de ce que l’on est. Elle ne se vient pas seule, fait référence à une véritable culture et nécessite une véritable co-construction.

Face à l’élément stress, on peut être déstabilisé et avoir la tentation de répondre à cette angoisse en « serrant la vis » pour se sentir soi-même complètement cadré.

Quand on « visse, » on veut mettre à côté de nous la peur, installer des mécanismes de peur pour éventuellement récupérer une classe qui nous échappe. On sait que la peur détériore les conditions pour apprendre.

Pour l’ensemble de ces problématiques qui renvoient à notre place d’enseignant dans la classe, un travail énorme est à faire sur soi, par rapport à son propre vécu d’enfant.

En début d’année, on commence par les droits que les enfants ont dans la classe pour progressivement construire les obligations qui y correspondent. Plutôt que se montrer intransigeant en début d’année, il conviendrait plutôt de se montrer rigoureux, de savoir ce que l’on recherche et de mettre en place une structure cohérente. La solidité se détermine grâce à une ossature intérieure en mesure d’accueillir toutes les créations alors que la rigidité interdit par essence ce qui pourrait aller à l’encontre du prévu et de l’organisé. Intervient ici la distinction conceptuelle entre solidité et rigidité. Il est par exemple intéressant d’employer des stratégies du style « mettre surtout des amendes aux bons élèves. »

On retrouve une fois de plus l’idée d’institution qui se veut un instrument de médiation symbolique au service d’un développement libérateur des engagements et relations interpersonnels. En d’autres termes, la mise en place d’institutions dans la classe déplace la problématique de la rigidité de l’enseignant puisqu’elle dévie les projections sur autre chose que de l’humain. Lorsqu’un enfant « se rebelle », c’est moins contre son enseignant qu’à travers les institutions de parole ou de décision de la classe. Les marges d’intervention sont alors plus conséquentes.

Avec les enfants, on peut aussi effectuer un travail qui indiquerait ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas, ce qui peut compléter et enrichir ce que l’on apporte en tant qu’enseignant et contribuer à la cohésion du groupe.

Dans « Les dits de Mathieu », Freinet présente l’idée « Ne jamais se lâcher les mains sans toucher des pieds. » Il conseille par-là d’éviter de se lancer dans la mise en place d’une organisation pédagogique qui pour soi relève de la haute voltige et préfère que l’on opte pour ce qui est à sa portée, quitte par la suite le faire évoluer. On retrouve cette idée derrière « l’effet élastique » de R. Laffitte : à trop vouloir tendre l’élastique qui nous relie à ce que l’on est en mesure de faire, il y a un risque que la pression soit trop forte et qu’elle nous entraîne violemment vers des pratiques bien moins innovantes pour soi que ce qu’elles étaient au départ.

En conséquence, dans quelle mesure peut-on essayer ? Dans quelle mesure on ne tente rien ? Il faut bien commencer par quelque chose sinon, c’est statique !

Entrer dans autre chose que du « vissage, » c’est se créer une zone de déséquilibre qui est la première étape de toute avancée, un peu comme peut l’être l’apprentissage de la marche pour le jeune enfant. Le premier pas passe forcément par un déséquilibre du corps qui dépasse la peur de tomber. Il est donc question de trouver son propre équilibre entre ne rien tenter et créer du déséquilibre dans ses pratiques. L’indicateur peut être la préservation de sa propre intégrité d’enseignant et de personne, la visée première étant de ne pas risquer sa propre destruction.

On a du mal à se laisser du temps pour y arriver, c’est surtout cette réalité qui rend difficile les évolutions.

La métaphore du « baudrier » pour conclure : si la première fois qu’on fait du rappel en escalade, on a mal mis son baudrier, les prochaines fois, on demande de l’aide ou on lit la notice d’utilisation. (Cédric LEON)… 

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