Les fins d’années scolaires et le devenir des élèves issus de classes coopératives

Se pose le problème de l’organisation des fins d’années scolaires afin que le vécu, parfois intense, de nos élèves en classe coopérative n’entache pas leur devenir scolaire.

« Jusqu’où s’engager pour que l’enfant puisse distinguer à partir de quand ses parents l’empêchent de se nourrir et puisse décider de partir ? L’éducateur est nécessairement amené à penser la fin de la relation éducative, à penser et à vivre sa propre mort d’éducateur dans son rapport à l’autre. Non pas sa mort en tant que fonction sociale, non pas la relativité de son action, ou la relativité des valeurs qui la fonde, mais sa propre mort éducative, comme fin d’un type de rapport à l’autre, comme inutilité et obstacle au développement et au déploiement existentiel de l’éduqué. Il doit penser sa propre mort d’éducateur dans sa relation de pouvoir et d’autorité. Le pouvoir qui lui est donné par l’institution doit nécessairement arrêter de s’exercer sur l’éduqué. » (JB PATURET, « De la responsabilité en éducation », Erès, p 110.)

Doit-on adapter nos élèves à ce qui les attend quitte à changer nos façons de faire ou au contraire, faut-il les laisser s’adapter ? Comment peut-on les accompagner dans cette nouvelle découverte pour qu’ils puissent s’adapter ?  Peut-on se permettre de laisser notre classe ouverte pour que les anciens élèves puissent revenir ?

Cette question n’est pas spécifique à la classe coopérative, elle concerne tout autant les autres classes.

Le problème est que l’on ne connaît pas très bien les autres classes. Il peut très bien y avoir de très bons enseignants avec d’autres approches pédagogiques sans que l’on en ait la perception. Cette méconnaissance ne risque-t-il pas de créer une distorsion entre ce que l’on va organiser en terme de travail d’adaptation et la réalité qui se présentera à eux ? De plus, ce qui fait grandir l’enfant est plus le regard que les adultes portent sur lui, plus que les formes pédagogiques employées par l’enseignant. Les enfants ont généralement une grande capacité d’adaptation. Changer de système scolaire pose rarement de graves soucis pour eux. C’est souvent plus problématique pour les adultes.

Pour les futurs collégiens, il est évident qu’ils vont entrer dans un fonctionnement nouveau, qu’ils ne pourront échapper à une adaptation. C’est pour cette raison que l’on doit les préparer à ce passage, en particulier pour ceux qui correspondent le moins aux codes scolaires qui les attendent. Ne pas leur laisser croire que ce qui se passe dans notre classe est identique partout ailleurs. Pour ce passage, un élément particulier est de préparer les enfants à la pratique du vouvoiement, à l’apprentissage des leçons, aux notes, aux moyennes, aux carnets de correspondances, aux emplois du temps, au poids et à la composition des cartables, aux acteurs du collège ou de leur future classe ou école, …

Lorsque d’anciens élèves reviennent, ils peuvent témoigner de leur nouveau quotidien, ce qui leur permet d’être reconnus dans leur nouvelle « fonction » et qui permet aux élèves de la classe d’être sensibilisés à ce qui les attend. Ces accueils ne sont pas toujours faciles lorsque des enfants se retrouvent dans une autre classe de la même école.

En revanche, en fin d’année, un bilan de vie des choses vécues s’avère nécessaire, ne serait-ce que pour anticiper les avenirs et pour clore les projets en cours, même si certains d’eux vont pouvoir être poursuivis l’an prochain. Ce bilan gagne à concerner la vie du groupe, les règles de la classe, le pouvoir que chacun a sur l’évolution des règles, le droit à l’expression, la liberté de donner son point de vue, de se déplacer, de choisir une part de son travail, …

René Laffitte explique que toute institution mérite une introduction mais également une clôture. En fin d’année, et quel que soit le devenir des élèves, chaque institution mérite d’être close, c'est-à-dire annoncée comme terminée puisque l’année scolaire touchait à sa fin. Cette fin provoquée a pour visée de permettre à chacun, enseignant et enfant, de faire le deuil de ce qui a été vécu dans la classe, de manière à pouvoir entrer plus facilement dans de nouvelles dynamiques, avec des nouveaux élèves ou de nouveaux camarades. Ce deuil concerne la relation pédagogique maître-élèves, les relations entre les enfants mais aussi la relation aux formes de travail spécifiques à la vie coopérative et au rapport aux savoirs. Clore les institutions permet aussi de montrer aux enfants qu’elles n’existent pas de fait dans toutes les classes et qu’elles n’ont trouvé forme durant l’année scolaire que parce qu’elles ont été construites et entretenues par la vie coopérative du groupe.

Il ne s’agit pas de préparer à quelque chose de particulier à vivre, une réalité pré-écrite. Ce sont les enfants qui ont à se préparer à quelque chose. On a plus à se préparer à quitter quelque chose qu’à anticiper un inconnu. Le but est de se projeter ailleurs, la classe étant la plupart du temps une dynamique fermée. Notre travail est aussi de se préoccuper des relations de travail que les enseignants entretiennent entre eux, de manière à ce que les apprentissages engagés une année dans une classe puissent se poursuivre de manière coordonnée au cours de leur année suivante. 

Présents : Isabelle – Iza – Concepción – Martine – Cédric S – Anne – Claudine – Sylvain

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