Compte rendu de la conférence de Jacques Fijalkow

Jeudi 16 février 2006, IUFM de Montpellier.

Sont présents : Madame Bucheton qui organisera le tour de parole.

Madame Marie Thérèse Chemla , responsable de formation à l’IUFM (entre autres) ; Sophie Laux (MF ) ; Mr Philippe Valembois,  IEN Montpellier Sud; L’IEN de Gignac ; Edgar Fabre.

Amhithéâtre de l’IUFM plein.

Fijalkow se place en tant qu’universitaire « de terrain » : il indique pouvoir dire ce qu’il pense.

Il commence par décrire la situation :

v  Mi décembre 2005, à la surprise générale, le ministre de l’EN lance un pavé : «Lecture » suivi d’une conférence de presse. Tous les universitaires qui sont cités dans le texte ministériel font des communiqués qui démentissent l’utilisation de leur travaux alors que le ministre semble s’appuyer dessus.

v  Les éditeurs sont convoqués dans la foulée avec certains de leurs livres sur le bureau du ministre.

v  Le responsable des maires de France aussi : la mairie est un des leviers pour agir dans la classe à travers les commande des manuels de classe

v  Une conférence de presse virulente suivie d’une circulaire avec un décalage de ton entre les deux : cela s’adresse aux acteurs de l’EN.

v  La formation des IEN stagiaire est reportée.

v  Un sondage est commandé auprès de l’opinion publique : il apparaît que 80% des réponses soutiennent les propositions du ministre.

A la fin de décembre des universitaires lancent une pétition : «  Sauvons la lecture » http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1058

A suivre :

Le 9 mars à Paris une réunion est prévue autour du ministre : quelques chercheurs ; quelques responsables du système éducatif, mais Jacques Fijalkow indique que tout cela semble évoluer beaucoup.

Le même jour des chercheurs feront une contre manifestation avec l’appui des syndicats pour montrer les différents états de la recherche.

D’après Fijalkow, il apparaît que le véritable terrain n’est pas technique mais idéologique.

-          le vocabulaire employé par le ministre : « méthode globale ou syllabique» n’est plus employé. Il est vieillot et simpliste car ce n’est pas seulement ce qui entre en jeu dans la lecture.

-          Il existe des études financées par le ministère qui ne disent pas la même chose et qui veulent être ignorées.

Dans la réalité, une étude menée auprès de 2 000 maîtres permet de dégager le profil de 4 groupes d’enseignants :

  1. Pour 27% d’enseignants un groupe très traditionnel qui utilise la  grapho-phonétique essentiellement.
  2. 20 % dans un groupe novateur mais très prudent : ils utilisent des textes, la littérature de jeunesse ; abordent le texte de manière globale. Ils conservent une pratique traditionnelle pourtant.
  3. 46% de mixtes : Pratiques traditionnelles et innovantes cohabitent.
  4. Un groupe de non réponses

Cette étude a été confirmée par deux fois à 7 ans d’écart. Cette représentation évolue donc peu. Cette enquête a été ignorée par le ministre alors que c’est lui qui l’a demandée.

La conférence de consensus de 2003 prend acte de la complémentarité entre plusieurs approches dans l’apprentissage de la lecture.

Tout comme les nouveaux programmes de 2002 elle a été aussi ignorée dans la rédaction de cette circulaire ministérielle.

Ils sont en contradiction manifeste avec celle ci.

Fijalkow interroge Monsieur Valembois, IEN : « Que doit-on appliquer ? »

Tout cela indique pour J Fijalkow que le débat se situe plus dans l’idéologie que dans la technicité.

A l’issue de cette présentation un tour de table est proposé pour questionner J. Fijalkow :

S Laux :

Q : Travailler en ou hors ZEP modifie t’il l’approche liée à l’album ?

R : Les études montrent que les difficultés scolaires et les mauvais résultats concernent prioritairement le public de ZEP. La différence de population est plus à considérer que la différence de méthode.

Il faut essayer de mettre en place des solutions particulières pour ce public car c’est là qu’il y a des problèmes et il faut les résoudre.

Il présente les résultats de l’étude d’une pratique menée sur Brive, dont les résultats n’ont pas semblé trouver écho auprès du ministère:

Deux écoles, une en ZEP , l’autre en centre ville. Trois classes de GS / CP / CE1 sont observées dans les deux écoles. Les populations sont différentes bien entendu.

A l’issue de trois ans, les résultats apparaissent meilleurs dans les classes de ZEP en maths et en français.

Il avance deux causes qui expliquent les résultats :

-          L’organisation de la classe :

Le fonctionnement en atelier ( 4 ou 5)  et en petit groupes qu’il oppose à la pédagogie d’un maître face à la classe. Deux sortes d’ateliers dans ces classes : atelier d’accompagnement sous la présence du maître et atelier d’entraînement où les élèves sont en autonomie.

Les groupes d’élèves qui travaillent entre eux permettent selon cette étude trois avantages :

  1. la décentration par rapport au maître : cela autorise aux enfants l’agir
  2. les connaissances générées par le travail des élèves entre eux
  3. les élèves sont en situation active de résolution de tâche de lecture et d’écriture ; qu’il oppose à l’écoute.

-          Le paramètre didactique :

Dès le départ l’apprentissage de la lecture démarre sur des albums de jeunesse. Il n’y a pas de manuel. La place faite à l’écriture est très grande pour faire face à la représentation plus ou moins exacte des élèves.

Le départ de l’oral et l’arrivée jusqu’à l’écrit permet aux élèves de comprendre « comment »  ça fonctionne. Partir de ce qu’est le monde de l’enfant à l’oral, pour que l’enfant puisse écrire ce qu’il dit.

Dans ces classes, d’une part la dimension culturelle a une grande place  pour permettre par le biais des albums de jeunesse de développer l’imaginaire des enfants. D’autre part les activités d’écriture permettent aux élèves de comprendre le fonctionnement de la langue écrite.

Il ne parle pas des mathématiques car ne s’estimant pas compétent.

MT Chemla :

 Q : Comment participer à la diffusion de pratiques qui semblent le mieux marcher ?

R : Vous n’auriez pas une question plus facile ? Peut être l’effet boule de neige ?

Ph Valembois :

Q : Dans laquelle des 4 catégories situer un maître qui appliquerait les programmes de 2002 ? Les programmes sont ils menacés ?

R : Les programmes permettent l’utilisation de matériel très riche.

Il cite Evelyne Charmeux qui dit que 80% du matériel en usage dans les classes est d’usage syllabique.

Confronter l’élève à l’album de jeunesse amène à être confronté à la difficulté dans sa globalité. Il existe des choses à mettre en place pour permettre aux élèves d’y faire face.

Il apparaît selon les études que les élèves d’aujourd’hui lisent mieux que ceux d’il y a 40 ans. Les enfant ont, à âge égal, gagné 6 mois d’avance en lecture.

 D Bucheton

Q : Face aux écarts actuels entre les élèves dans la classe, n’y a-t-il pas une exigence d’une plus grande professionnalité  des enseignants qu’avant?

R : Il existe une constante occidentale: si la moyenne des performances scolaire augmente, les écarts aussi.

Un rappel historique explique que les choses ne sont pas venues par hasard :

Aux Etats-Unis en 1998 le Reading Excellence Act

Le 11 10 2000 G Bush en campagne électorale se prononce pour une méthode « phonétique » (Syllabique en Français). Ce doit être un thème important, si même le futur président des EU s’en empare…

En 2001 c’est l’officialisation légale aux USA des méthodes syllabiques. Une incitation financière l’accompagne, ainsi qu’une évaluation qui permet d’en mesurer les effets ou la présence. Ces mesures se sont accompagnés d’un matériel pédagogique strict qui suscite de plus en plus de réactions aux USA.

En décembre 2005 la Grande Bretagne impose la méthode syllabique.

Le 3 janvier 2006 : la France.

Est-ce un mouvement général qui traverserait le monde ? Une copie de solution empruntée aux autres?

En Europe de nombreuses différences existent en matière pédagogique : il donne l’exemple de la  Grèce où un seul manuel de lecture existe pour tous les élèves. Au Québec, le ministre rédige un cahier des charges aux éditeurs qui éditent des maquettes de qui reviennent au ministère pour accréditation ou non.

La France apparaît exceptionnellement seule dans sa liberté pédagogique.

Fijalkow expliquent que les américains utilisent beaucoup les évaluations comme un des moyens de vérifier que les enseignants suivent bien les méthodes préconisées par le gouvernement. Il fait un rapprochement avec les nouvelles évaluations qui arrivent au CE1.

Edgar Fabre :

Se demande ce qui a pu déclencher le processus de novembre à décembre ? Il pense que c’est une réponse à la crise des banlieues. L’école comme responsable d’un illettrisme élevé au rang de mythe par des « associations » (25% ?…alors que les chiffres officiels indiquent 12%).

Le déchaînement contre l’école ne se cantonnera pas aux seules méthodes de lecture.

Par exemple le 7 février la conférence de presse du Recteur Nique.

Il pense que les élèves risquent de payer l’addition.

Les enseignants qui sont parfois placés en situation de contrôle des enseignants par des collectifs comme soseducation par exemple.

Il propose de prévoir la rentrée par des réunions avec les parents d’élèves et les enseignants de CP qui risquent eux aussi de payer l’addition.

Ph Valembois : intervient sur la politique Académique

Le 6 février le directeur de l’IUFM, les IEN ont été réunis par le Recteur.

Il indique que les IEN lui auraient demandé de garder le sang froid ; que les difficultés n’étaient pas liées à des problèmes de méthode.

A la fin de la réunion, le Recteur annonce une directive qui demande la mise en place de méthode en accord avec la circulaire ministérielle.

Il existe selon lui une pétition qu’ils ne souhaitent pas rendue publique signée par 80% des IEN.

Le Recteur demande que la démarche utilisée corresponde. IL ne parle plus d’interdire des manuels.

Fijalkow rappelle que dans les années 70 l’opposition se situait entre le code et le sens.

Il s’est déplacé dans une bataille contre l’illettrisme qui selon lui est une bulle médiatique car n’existant pas.

La dyslexie enfin est un des éléments avancé et relié à des difficultés neurologiques.

Le terrain est préparé pour annoncer que l’école ne fait pas son travail.

Dès 1998 dans le texte  «  Apprentissage de la lecture » la  « liberté » pédagogique de l’enseignant est en suspens : le contrôle des parents est possible dans une circulaire qui rend obligatoire la présentation du projet pédagogique de l’enseignant et la demande du soutien possible pour son enfant.

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