Le conseil dans nos classes

Cédric Serres et Gilles Baqué - Classes de cycle 3

Quand ? Quelles prérogatives ?

Il a lieu une fois par semaine dans la classe le jeudi depuis peu. Il se  déroulait normalement le vendredi mais cette année, il y a une AVS dans ma classe  20 h par semaine et elle n'est pas présente le vendredi.

La mise en place :

On se place de façon circulaire. L’animateur/l'animatrice ouvre alors le conseil.

On procède ensuite à la distribution des rôles du conseil, toujours dans l'esprit de responsabilisation et d'apprentissage.

Le déroulé du conseil (voir fiche d'aide)

Afin que les enfants puissent s’approprier et repérer le déroulé du conseil celui-ci se passe en suivant toujours la même structure. Celle-ci est récapitulé dans une fiche d'aide que chaque élève possède.

Avant de rencontrer l'icem 34 je fonctionnais déjà avec un conseil mais les outils ont (fiche des maîtres mots de l'école Balard) complètement changé les conseils et en particulier leur appropriation par les enfants. Tous les conseils sont animés par un enfant. Il/elle peut se faire aider par un tuteur ou une tutrice choisi-e- par lui/elle. Cela parce que mener un conseil fait comprendre la difficulté de la tâche, les qualités nécessaires et rend plus actif les enfants après leur passage comme animateur/animatrice du conseil.

Critiques/problèmes :

On passe ensuite à la phase « critiques ou problèmes ».

L'animateur lit la première critique de la boîte. Une critique n'est recevable que si elle est signée, lisible, ne comporte pas d'injure et est assez précise. L'animateur demande alors :

« Maintiens-tu ta critique ? ». Si la critique n'est pas maintenue, on passe à la critique suivante. Si la critique est maintenue, le président demande : « As-tu proposé de faire un message clair ? ». Si un message clair n'a pas été proposé, on passe à la critique suivante. Si un message clair a été fait ou proposé, l'animateur demande : « Souhaitez-vous tenter de régler le problème dans le couloir, en présence d'une ceinture de comportement élevée ? » Si le problème est réglé, on passe à la critique suivante. Si le problème n'est pas réglé, on le traite en conseil en essayant de trouver une solution. Ces phases ritualisés ont comme principal objectif de faire entendre à  tous et toutes qu'un problème a eu lieu même si il n'est plus d'actualité (si la critique n'est pas maintenue).

La possibilité donnée de régler le problème dans le couloir, relève du même objectif. Entendez, j'ai eu un souci, je n'ai pas pu le régler sur le moment, peut-être pourra-t-on le faire maintenant sans que cela devienne complètement « public » et grève du temps sur le conseil. J'ai donc intérêt de faire une critique plutôt que de me faire justice ...

Si la critique subsiste, la personne appelée formule sa critique. Celle qui est critiquée peut répondre. « Le conseil va essayer de trouver une solution pour résoudre le problème, le tour de parole est ouvert »  

Quand les critiques sont des détails, l'animateur peut dire « tas de sable » et passer.

Ce rituel qui peut paraître formaliste et un peu lourd permet à mon sens de décharger le conseil de discussions souvent peu porteuses pour le groupe, laisse la place aux problèmes les plus importants tout en donnant une reconnaissance aux difficultés, mêmes minimes, qu'ont pu vivre les enfants.

Le bilan des projets précédents

Le secrétaire relit les décisions du dernier conseil,  l'animateur dit  « C’est fait » ou « Ce n’est pas fait ». C'est une phase très importante : si la décision a été mise en application, cela renforce l'institution du conseil en montre son importance et valide le fait que le conseil peut changer de façon effective la vie de la classe. Cela montre ou rappelle aux enfants qu'ils/elles peuvent ne pas être cantonné-e-s au rôle de spectateur/spectatrice mais être acteur/actrice de leur vie à l'école. Si ce n'est pas fait, on se demande  comment fait-on pour mettre notre décision en application ?  ( on laisse un peu plus de temps ou quelqu'un d'autre s'occupe de la tâche à accomplir, ou on revient sur notre décision si on considère qu'elle a été prise inopportunément etc.)

 Cette phase matérialise pour moi ce que Jean Le Gal met en avant par rapport à l'éducation individuelle et collective à la liberté et la responsabilité de façon conjointe.

La prise de décision :

Actuellement, une proposition est validée si elle obtient une majorité absolue de pour.

Exemple : 11 pour 5 contre 6 abstentions : proposition non validée. J'ai opté pour cela après avoir fait fonctionner un conseil à l’unanimité mais parfois une décision n'était pas adoptée juste parce qu'un enfant avait besoin de se singulariser pour diverses raisons. Parfois, le temps pris pour le consensus était très (trop) important.

Tout en ayant forcément des inconvénients, les modalités de prise de décision actuelles permettent que les décisions prises le soient avec une certaine dynamique et une certaine efficacité.

La question du traitement de la minorité se pose cependant. Par exemple, cette année le conseil a décidé que nous participions à la chorale de circonscription. Il y avait 2 élèves contre et une abstention. La question de leur implication s'est posée. Il a été décidé qu'ils essaient mais qu'ils ne seraient de toute façon pas tenus de participer aux spectacles.

A l'issue de la prise de décision, l'animateur doit poser la question de la mise en application de la décision.

Bilan de la présidence

Lors du tour de parole, l'animateur recentre si nécessaire les débats, tente de synthétiser et/ou de grouper des propositions non concurrentielles qui ont émergé au cours des débats, élimine les propositions hors sujet ou hors cadre. A l'issue du tour de parole, l'animateur organise des votes si nécessaire.

Le temps :

Il dure entre 20 et 50 minutes, en fonction du moment de l'année, de l'ambiance et de la dynamique de la classe (nombre de propositions et de critiques)

Mon rôle :

animateur

J'anime souvent le premier conseil de l'année et c'est tout.

tuteur

Je me place presque systématiquement à côté de l’animateur/animatrice (de l'autre côté du tuteur) et j’interviens comme tuteur de façon plus ou moins discrète dans les cas suivants : règles du fonctionnement de conseil non respectées , difficultés à synthétiser les débats et les propositions, si la mise en œuvre de la décision prise n'est pas abordée.

Membre du conseil

Lors du conseil je peux ensuite intervenir comme tout le monde en m'inscrivant sur le tour de parole ; je fais attention à ne pas trop intervenir (d’ailleurs on ne me donne pas tout le temps la parole ! ) ; je module cela en fonction de la dynamique de classe et de l'enjeu que je perçois d'une discussion. Je participe au vote comme tout le monde et bénéficie d'une voix.

Droit de veto :

 Je peux par contre faire usage de mon droit de veto. Depuis que je suis dans une classe de cycle je m’en sers très peu car la culture du cadre dans lequel les élèves peuvent évoluer se transmet et quand c'est le cas, c'est lorsque un animateur/animatrice est défaillant-e- ou a l'intention de saborder le conseil.

Il m'arrive parfois de soumettre au conseil un problème ou une proposition mais seulement quand je souhaite réellement avoir l'avis de la classe. Je pense important d'éviter au maximum les manipulations de l'adulte. J'assume complètement le fait que ma positon n'est pas d'égal à égal avec les élèves . Par contre je pense essentiel qu'ils/elles repèrent quel est réellement mon champ d'intervention, quels rôles je tiens en fonction des moments. Tout comme il est important qu'ils/elles connaissent au mieux leur véritable propre latitude et la questionne.

Super animateur :

Par contre je me donne le droit d'intervenir en plus des inscriptions sur le tour de parole en tant que  « super animateur » si je sens que la sécurité affective d'un élève est engagé, lors du règlement d'un problème ou d'une critique par exemple où l'assemblée est en train de faire d'un enfant un bouc émissaire, si le ton employé est agressif et que l'animateur/animatrice n’intervient pas.

Cependant, si l'intégrité de l'enfant n'est pas menacée, je laisse exprimer aux élèves les difficultés causées par un des leurs car il me semble que c'est un renvoi social qui peut faire « bouger » certains enfants.

Après le conseil

Une fois la décision prise, en aval du conseil, je vais plus ou moins aider à la réalisation de certaines propositions en fonction de l'importance que j'y accorde (au niveau pédagogique, en fonction de l'implication des élèves dans la concrétisation du projet, de leurs aptitudes, selon l'importance que cela revêt dans la vie de la classe etc.)

conseil ceintures

Le passage des ceintures est traité dans un conseil différent et beaucoup moins fréquent (chaque 3 ou 4 semaines), le conseil des ceintures de comportement. Cela car il me paraît essentiel de distinguer la place de l'enseignant comme des élèves dans le processus de décision. Lors du conseil de ceintures, c'est moi qui décide du passage ou non d' une ceinture de comportement, éventuellement avec  des ceintures marrons de comportement, et je ne prends que l'avis du conseil. En revanche, lors du conseil de classe, tous les membres du conseil participent à la décision avec une voix chacun (moi aussi). J'ai par contre un droit de véto ce qui est précisé en début d'année dont j'use le moins possible (cette année 1 fois pour l'instant).

Le conseil dans ma classe

De quoi il traite

Le conseil dans la classe traite  essentiellement des critiques ou problèmes et des propositions. Les félicitations et remerciements se font principalement au bilan météo du soir. Félicitations et remerciements ne sont présentes dans le conseil que marginalement (quand il nous reste un peu de temps, pour « occuper » un temps mort entre le traitement d'une critique et avant d'attaquer les propositions).

L'intérêt des critiques ou problèmes Les critiques ont plusieurs intérêt :

   décharger de la classe nombre de perturbations issues des récréations par exemple.

   Donner la possibilité à un enfant de décharger sa colère de façon symbolique « je te fais une critique » en sachant que son problème sera considéré.

   Faire des difficultés une question collective et non pas un face à face enseignant/élève ou enseignant/groupe d'élèves.

   Dans des cas difficiles, le conseil a parfois aux yeux d'enfants très en colère contre l'école et les adultes une légitimité inespérée qui peut modifier bien des choses (exemple AK) La résolution de certaines critiques ou problèmes se transforment en proposition pour régler le problème. Elles sont donc votées.

Les propositions

C'est certainement la partie la plus intéressante du conseil et qui peut créer une ambiance de classe où les enfants s'approprient leur vie à l'école. Et ce même si les décisions prises peuvent paraître modestes ou sans grande importance. C'est à ce moment où s'expérimente à mon sens le plus l'apprentissage à la liberté, à la responsabilisation.

Au bout des 50 minutes le conseil est arrêté même si l'ensemble des propositions n'a pas été vu.

Libre à chacun-e- de présenter sa proposition au conseil suivant.

Ainsi si l'ambiance de classe n'est pas bonne et qu'il y a beaucoup (trop) de critiques, la partie consacrée aux propositions et mécaniquement plus courte.

La proposition doit être explicitée par celui ou elle qui l'a faite en évoquant si possible un lien avec un apprentissage (nous sommes à l'école!). Un tour de parole s'ouvre alors où les arguments pour, contre, les hésitations peuvent s'échanger. De nouvelles propositions peuvent émerger.

Les propositions qui émergent peuvent se classer en 3 grandes familles :

   celles visant à améliorer ou changer le fonctionnement de la classe (mise en place de nouveaux métiers par exemple)

   celles qui ont un contenu pédagogique (faire de la prévention routière, proposer telle sortie)

   celles qui ont pour but de réguler des comportements, des problèmes.

Voici les propositions qui ont été décidées et  pour la plupart mises en œuvre cette année dans la classe  (entre le 6 septembre 2013 et le 30 janvier 2014, soit lors de 16 conseils)

L'importance de la classe de cycle

Les conseils ont pris davantage d'importance encore depuis que je fonctionne en classe de cycle. En début d'année la pompe à propositions s'amorce souvent avec la reproduction à l'identique ou avec des évolutions (exemple de la correspondance de classe cette année) de propositions qui ont existé dans les années antérieures. Cela a l’avantage de montrer rapidement  à tout le monde, et d'abord aux nouveaux et nouvelles, les possibilités induites par le conseil.

J'avais souvent observé avant d'avoir une classe de cycle que le conseil passait par différentes phases successives : une découverte très progressive des possibilités de proposer des choses, puis une phase de recherche des limites des possibilités de décider ( avec dans cette phase selon les individus des propositions farfelues ou hors cadre si ce n'est hors la loi), pour enfin arriver  à une utilisation optimale du conseil. Mais cette utilisation optimale ne cadrait pas forcément avec les rythmes de l'année (les fins d'année ne favorisent pas la projection dans un collectif).

La classe de cycle accélère ce processus de découverte et d'appropriation à travers l'expérience et la culture collective qui y est transmise. Depuis la classe de cycle je n'utilise que rarement mon droit de véto.

Pourquoi je tiens à fonctionner avec un conseil ?

Par double soucis : pédagogique et idéologique

Au niveau pédagogique il est clair que des activités décidées par les enfants eux/elles-mêmes entraînent une meilleure adhésion des enfants, ont plus de légitimité et de sens à leurs yeux (cf questionnaire sur le conseil)

Mon travail est ensuite d'en tirer le meilleur parti pédagogique et/ou didactique.

Les conseils sont un moyen de régulation des problèmes qui peuvent émerger dans la classe, ils donnent aussi aux enfants la possibilité d'exprimer idées, envies, désirs et peuvent ainsi contribuer à une ambiance plus sereine et détendue, favorisant le bien être de chacun-e- dans la classe et par là même un meilleur travail.

Les propositions des élèves peuvent aussi enlever un certain aspect routinier, en m'obligeant notamment à faire des choses vers lesquelles je ne vais pas aller naturellement. Elles sont au contraire souvent porteuses de dynamiques et d’élans de vie.

Au niveau éthique, philosophique, idéologique la pratique des conseils est en adéquation avec mes conceptions de la place des enfants, plus globalement de l'éducation et de mes aspirations de militant libertaire : faire des individus, libres et responsables qui essaient de comprendre le monde où ils vivent et tentent d' agir dessus.

Quelques questions :

La place que je prends dans les conseils (comme dans la classe) me questionne de façon régulière. C'est un élément qui à mon sens en fonction de la vie du groupe classe est sans cesse à modifier, lâcher dès qu'on peut mais parfois reprendre du contrôle avant que le besoin ne s'en fasse réellement sentir ? C'est ce que j’essaie de faire alors que des expériences sont allées beaucoup plus loin dans ce domaine … de la prise de risque peut émerger des choses très intéressantes.

Parfois, même si je suis persuadé que des éléments qui peuvent paraître dérisoires résonnent fortement pour les enfants, le champ laissé aux enfants me semble bien étroit ...  la question d'élargir à l'école se pose évidemment.

Au-delà de ma propre prise de parole le partage de celle-ci entre enfants pose également question : même si des propositions et des prises de parole émanent de CE2, il me semble qu'il y a clairement une prime aux ancien-n-es, mieux rôdé-e-s à la culture du conseil.

En revanche, et pour faire le lien avec une problématique que nous avons failli aborder lors de ce colloque, il me semble que les filles, souvent mises en situation de responsabilité au sein de leur famille, trouvent dans les conseils un espace où elles mettent à profit leur sens des responsabilités à des fins d'émancipation individuelle et collective. Peut-être une piste à explorer ...

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