Conférence de Sébastien Pesce

LES PROCESSUS D'INSTITUTIONNALISATION EN JEU DANS LE CONSEIL

Serignan - Colloque des pratiques coopératives - Icem34/Pidapi

12 avril 2014

Repérage historique Freinet/PI

Des inscrits dans le mouvement Freinet ont fait scission (1961) mais ont repris énormément d'outils. Une critique à été émise : besoin d'adapter les outils Freinet à un public nouveau - les techniques du mouvement tendent à se dogmatiser. 

Du coup, on a tendance à dire que le conseil chez Freinet a une fonction organisationnelle et en PI il a une fonction de prise en compte inconsciente de régulation de la vie du groupe. Cette opposition est caricaturale. On parle beaucoup de TFPI (Technique Freinet pédagogie institutionnelle).

Enjeux et fonctions possibles du conseil

En gros, plusieurs fonctions sont données au conseil. P. Robo propose 6 fonctions :

  • Informer
  • Organiser
  • Prendre des décisions
  • Réguler des relations
  • Légiférer
  • Intégrer des gens et des différents outils

1er commentaire : au-delà de l'information, le conseil sert-il à choisir ou à décider ? Jean Houssaye oriente le conseil vers la décision. Choisir ne suffit pas parce que l'on parle du faire et des activités, mais aussi du cadre (à quelle heure, pourquoi, comment ?) et des règlements.

2ème commentaire : le conseil sert-il au cadre ou aux règlements ? Il apparaît que les deux importent.

3ème commentaire : est-ce qu'on régule les conflits lors des conseils ? Traite-t-on des infractions ?

4ème commentaire : le conseil est une institution instituante. C'est lui qui organise l'ensemble de la vie de l'institution. Mais le conseil s'institue-t'il lui-même ?

Points problématiques sur les fonctions du conseil

-             crainte de tomber dans une espèce de dînette démocratique. On prend vaguement des décisions en étant plus ou moins manipulés par ceux qui sont en charge. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait de décisions prises pour que ce soit démocratique. On essaye parfois de copier à petite échelle ce que l'on vit dans notre société, par exemple avec certaines élections de délégués de classe. Imiter les logiques de représentations n'est pas forcément une pratique de la démocratie.

-             S'il y a une décision, qu'est-ce que l'on obtient ? Jacques Pain s'est beaucoup occupé de la valeur du vote. Comment doit-il être préparé ? Qu'est-ce qu'un consensus ? Comment fait-on de nos décisions un objet de discussions ?

-             Le conseil a besoin d'être vrai et d'être perçu comme tel très rapidement.

-             Articulation entre responsabilités individuelles et responsabilités collectives. Beaucoup de conseils sont articulés autour du collectif. Parfois, n'y a-t-il pas besoin de travailler en conseil les responsabilités individuelles ? Qui je suis ? Comment je me situe par rapport à l'institution ? Par exemple, un nouvel élève perturbateur peut-il prendre par aux décisions collectives sans travailler sa responsabilité individuelle ?

-             L'image utilisée par A. Vasquez et F. Oury : œil, cœur, cerveau, rein.

-             Œil : un instrument d'optique du groupe et de sa vie. Dans certains lieux, des adultes discutent d'un problème en voulant mettre les choses sur la table sans jamais observer les situations en jeu. L'observation nécessite des outils.

-             Cerveau : instrument d'analyse et de décisions collectives. Souvent, ce qui provoque jugement et sanction s'avère des manques, des dysfonctionnements. Par exemple, un enfant qui n'apprend pas, cela s'explique par un type de trouble. En PI, on s'intéresse plutôt aux déficits d'organisation.

-             Rein : réunion d'épuration

-             Cœur : le conseil est un moyen de langages, source de dynamisme et de vie.

Différents types de lieux de parole

Concernant les fonctionnements, on peut élargir le champ au-delà des conseils.

Le conseil est un lieu de parole. Cependant, il y en a d'autres : l'accueil, le bavardage, les nouvelles, les ateliers, les boutiques, les bilans, ... 

Exemple des réunions à l'école de la Neuville (près de Provins) : les "verts-bleus" (en comportement) décident des préoccupations propres à l'établissement. Le conseil occupe une place mais ne gère pas tout. De plus, des échanges opèrent entre les instances de parole.   

IMAGE1 S PESCE

Les processus d'institutionnalisation : comment on rentre dans la loi ?

En situation critique (école de la Neuville), une école a besoin de ceintures foncées pour tourner. Les grands gèrent les plus jeunes. À une rentrée, il n'y avait pas assez de foncés et c'était la panique. Une institution à donc dû être créée.

Autre exemple : principe de la colo provisoire. 

Troisième exemple : 20 jeunes préparant un concours se sont organisés en conseil à partir de rien. Un groupe peut-il s'auto institutionnaliser ?

             

Echanges :

Lois et règlements sont différents. La loi, on n'y touche. La règle peut être modifiée. À La Neuville, la loi est : "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas ce que l'on te fasse", traduite par F. Oury par "Ne pas nuire" puis à l'école par "On ne se moque pas."

IMAGE2 S PESCE

La loi est très théorique. Le règlement est très concret. Les régulations de conflits visent la compréhension de l'articulation entre lois et règlements. La sanction traduit de manière compréhensible des mots incompréhensibles, par exemple "respect."

Le fait de pouvoir parler de son incompréhension ou de son malaise a tout son sens lors des conseils. Il n'est donc pas nécessaire de décider chaque élément. 

De même, un enfant ne peut pas avoir pour responsabilité de sanctionner ou de décider une sanction. C'est la fonction des adultes. Par exemple, le vote de ceinture est indicatif. 

Entre 15 et 40, on a un collectif. En deçà et au-delà, on n'en a pas. Cela ne fonctionne pas. À 300, le conseil peut exister mais de façon symbolique. Le principe est de constituer deux types de réunions : des commissions et des conseils pour décider. Chacun a juste besoin de savoir à quel groupe il appartient ? 

En deçà de 10, c'est l'unanimité qui peut faire loi. Cela amène à l'exigence de délibération. 

Le consensus est le sentiment partagé d'un accord. Dans l'unanimité, il y a une dimension formelle que l'on retrouve moins dans le consensus. 

"Il n'y a pas d'objection ?", "Qui est contre ?" sont des pratiques qui méritent d'être discutées et travaillées avant d'être utilisées, sous peine de manipulation, de manière à démocratiser l'accès aux codes de fonctionnement du groupe.  Le but est d’éviter les malentendus.

Un outil est "bien" à partir du moment où chaque membre est d'accord avec son usage. 

A partir des notes de S. Connac 

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