Conférence de Jacques Pain

Lien entre coopération et pédagogie institutionnelle

 Enseigner est un grand métier. Instituteur correspondait bien à l’idée de ce métier parce que ce mot induit le soutien, la tutelle, le tuteur, l’institution. Etre instituteur, c’est la clé. 

Il ne faut pas confondre institution et établissement. C’est par l’analyse que le changement deviendra possible. Il n’y a pas d’institution qui ne nécessite pas de travail incessant, d’analyse, d’évolution, « comme si tous les matins en se levant on avait le feu dans ses cheveux. » 

Les pédagogies coopératives institutionnalisées rassemblent des caractéristiques à rappeler :

cela induit une conception de la personne et du groupe. Il convient d’avoir une position sur l’essence humaine pour agir en tant qu’enseignant. 

 

1  – Coopération, politique du sujet

Le terme « d’institution psychique » : les règles, la loi, les structures, les maitres-mots, c’est du nœud symbolique qui permet de construire le sujet. Quand il y a un conflit, on en parle si c’est nécessaire. Les maîtres-mots y aident. Ils deviennent un élément de langue. 

Quand on a des choses à faire, c’est dans la grande souffrance que s’élaborent les stratégies de survie, ou alors, c’est dans la tranquillité et dans la curiosité que l’on fait évoluer les choses. C’est ce mouvement qui fabrique et construit le sujet. 

Avec la pédagogie institutionnelle, la classe Freinet « entre en analyse. » C’est la première fois que la pédagogie se pose des questions sur son travail et permet l’émergence de formes différentes. Derrière ces constructions, c’est en fait l’Homme qui se construit. Le but est donc de savoir utiliser les concepts, pour agir directement et pratiquement. 

La coopération a été débattue entre Marx et Proudhon. Chez Proudhon, la coopération c’était ce qui rendait sa valeur au travail, idée reprise par Freinet. Est-ce qu’on a besoin de jouer quand on travaille vraiment ? Non. Est-ce qu’il y a du désir ? Oui. Comment on s’en aperçoit ? Parce qu’on ne s’arrête pas.

Faut-il qu’il y ait de la hiérarchie ? Pourquoi pas, mais à condition que ça tourne. Si tout le monde passe par la hiérarchie, où est le problème ? Les ceintures de comportement c’est la socialisation type. Ce n’est pas grave d’être ceinture blanche, parce que tout ce qui suit s’apprend. Un jour, on devient ceinture bleue, puis noire. Tout arrive. 

La coopération est de fait sur un tapis de judo par exemple : les techniques ne servent pas détruire l’autre. Toutes les chances sont données aux  plus petits, sans risque. Dans la classe, c’est pareil. L’image d’une ceinture bleue est difficile à tenir, ce qui en fait toute la valeur. 

Le but est donc de considérer que l’on est dans une microsociété : on ne fait pas ce qu’on veut, les lois et les règles existent pour nous permettent d’interagir. La coopération à l’école, c’est la classe elle-même. 

 

2  – Epistémologie du sujet

Ne rien dire que nous n’ayons fait : vous n’avez jamais fait de correspondance ? Non ? Alors, faites-en. 

C’est Wallon qui distingue savoir et connaissance. Le savoir existe à travers les bibliothèques. La connaissance c’est co-naître,  c’est la liaison du désir à mon travail qui va me permettre d’apprendre. 

L’individu, c’est un piège majeur, c’est une illusion. La conscience s’appuie sur l’idée de Rimbaud « Je est un autre. » Je suis tellement lié à l’autre, que c’est lui qui va construire ma conscience. On est donc dans la réflexivité, il n’y a pas de conscience sans réflexivité, la réflexivité c’est l’autre. Pousser trop loin l’individualisation, c’est une impasse. Il faut garder du collectif.

On va donc mettre les gens les uns avec les autres, par l’intermédiaire des institutions, et vont apparaître des conflits cognitifs, ce qui va permettre d’apprendre.

La pédagogie institutionnelle est une pédagogie du désir. Vous avez trouvé un truc qui marche ? C’est bien pour vous ? Alors, ça va embrayer sur les choses de la classe et ça va marcher. Les élèves vont vous suivre. 

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Faire la classe ? Est-ce qu’il faut la faire ou faire qu’il y ait de la classe ? Fomenter qu’il y ait du désir, permettre qu’il y ait du désir, susciter quelque chose et ainsi, permettre à ce que d’autres développent du désir, l’essentiel est ici. C’est ainsi que des événements peuvent devenir des supports du travail dans la classe.

Enseigner à l’autre est impossible. Enseigner quelque chose à l’autre est impensable. Enseigner n’a aucun sens. Si tout n’est pas fait pour que les articulations se fassent autour des désirs, ça sert peu d’enseigner.

Au centre du triangle pédagogique, on peut mettre un gros carré noir, l’enseignant n’a pas accès ni aux savoirs, ni aux élèves. D’où la nécessité des instruments de médiation. 

 

3 – La classe coopérative institutionnalisée La PF pour F. Oury c’est :

1                    – Embrayer sur la vie de l’enfant, du village, des correspondants, … C’est la coopération psychique qui a produit le correspondant. 

2                    – Eviter la scolastique, c’est-à-dire tout comportement, toute réaction spécifique au milieu scolaire. 

3                    – Utiliser l’acquis. La marche et le langage parlé ont été développés par des processus efficaces. 

4                    – Retrouver les désirs profonds. On ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif. 

5                    – Donner du tirage, « comme une cheminée ramonée qui tire bien le feu. » Placer les élèves où lire, écrire, compter deviennent des nécessités. Qu’est-ce qu’on va trouver comme situations d’apprendre la nécessité de tous les jours ? La morale ne s’apprend pas, sauf en situation. Le tout dans une épigénèse de la relation humaine : « non, je ne suis pas tout seul. » La classe coopérative est un espace ouvert. Freinet était un fou-furieux du progrès. 

 

Conclusions

L’intention analytique : on se réunit pour étudier les situations, pour écrire les monographies. On travaille l’affrontement de nos compétences à nos réalités, en particulier lorsque ça ne passe pas. Cela permet de faire parler les institutions, et plus seulement les personnes. C’est l’institution qui dirige, qui décide la loi, y compris psychique. 

Tout ça ouvre une dimension qui calme, qui métabolise la violence. On en fait quelque chose de cette énergie : de la parole, de la correspondance, des déplacements, … La correspondance, c’est la recherche de l’autre. 

       Le texte libre, c’est l’accès libre à l’inconscient. On ne sait pas trop ce qu’il y a dedans, c’est vous. D’où la question de la retouche du texte libre. Jusqu’à quel point ?

       Le journal, c’est la gazette ouvrière qui fait de l’école une microsociété. En même temps, c’est un fantasme, i.e. un trajet psychique qui s’allume entre le lecteur et les auteurs des articles. 

       Le conseil de coopérative, c’est la palabre, où on se met en rond pour résoudre les problèmes par la parole. C’est le conseil qui décide, c’est lui qui fait la loi.  Le portfolio, c’est le livre de vie de Decroly. 

Comment enseigner sans avoir peur ? Par l’éducation qui fera la différence parce qu’on va travailler sur cette démocratie de l’apprentissage. Cela nécessite de la constance et du temps. Tant qu’on n’a pas travaillé une dizaine d’années, on ne peut pas parler.  L’intelligence n’est pas un acquis, c’est un résultat. 

 

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Notes prises par S. Connac 

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