Coopérer

Conférence de Jean-Pierre Lepri – Agde – 1er colloque des pratiques coopératives – 1er avril 2012

Le but du travail de Jean-Pierre Lepri est de montrer quelque chose qui n’a pas été vu, et de témoigner. Il a toujours été dans la réflexion du comment. 

 

Entre une prison qui étroite, obscure, et sale et une prison propre vaste et lumineuse, il n’y a pas photo. Mais la question n’est pas d’avoir à choisir entre ces deux prisons. Elle est plutôt de savoir ce qu’il y a après (ou à la place de) la prison. « Est-ce qu’il y a une meilleure éducation ? » n’est donc pas ici du propos. Est-ce qu’il y a une alternative à l’éducation ? C’est une question très difficile à poser. Ici, le propos sera centré sur la coopération. 

 

Qu’est-ce que coopérer ?

Coopérer, c’est co-opérer, c’est agir et faire ensemble, pour un bien commun et pour un bien de chacun. C’est une sorte de contrat tacite ou explicite que les contractants soient en possibilité de contracter. Dès lors que l’on est plusieurs pour coopérer, on n’a pas les mêmes expériences, les mêmes visions, donc la contribution de chacun ne va pas être la même que celle d’autres. Il y a en a qui vont donner ou recevoir plus que d’autres, ce qui induit la création de règles, ce qui peut créer des résistances et crispations. 

Pour coopérer, il faut qu’il y ait convergence entre but communs et individuels. Cela suppose aussi un accord sur les moyens, les règles de fonctionnement, la liberté des contractants. Toute organisation n’échappe pas à la question du pouvoir. Cela suppose un certain nombre de réflexions. Par exemple avec la coopération, est-ce que le but commun se fait au détriment d’autres buts, d’autres personnes, d’autres enjeux ? Il y a ici des possibilités de manipulation. 

 

La coopération, une valeur ?

Souvent, la coopération est une valeur en soi. L’objectif devient donc de coopérer. Or, des nazis peuvent coopérer pour casser du juif, des policiers peuvent coopérer pour chasser des sanspapiers, … Donc, la coopération représente plutôt un moyen pour tenter de tendre vers des valeurs. Il y a des choses que l’on ne peut pas faire tout seul. C’est une nécessité, une utilité de coopérer, pas une valeur. 

Des recherches récentes ont montré que la force de dix personnes qui tirent sur une corde est inférieure à la force que chacun peut donner. Cela expliquerait que le travail d’une équipe est moins pertinent que ce que peut penser un membre de ce groupe. Cela explique également les effets de foules également. Le groupe apparaît donc comme une illusion, une idéologie. Il permet de manipuler les personnes par exemple lorsqu’une décision prise en groupe engage davantage qu’une décision individuelle. Le groupe est souvent au service d’un leader informel. 

On ne se demande donc plus s’il faut coopérer ou pas, mais plutôt si ce que j’ai à faire mérite à être fait avec d’autres. Comment suis-je le plus efficace ? Seul ou avec le groupe ? De plus, mon groupe n’est pas le même pour la vie.

Communiquer, c’est mettre en commun, chaque fois que l’on en a besoin. Coopérer, c’est mettre en œuvre, c’est faire une œuvre, avec une idée d’une certaine noblesse. 

Il est des cas où 1 + 1 = 3. Mais ce n’est pas systématique. Cela nécessite des conditions, par exemple liées à la complémentarité. En revanche, des supports d’échanges permettent que la production collective soit supérieure à la meilleure des productions individuelles. Mais c’est conjoncturel, ce n’est pas systématique. 

La coopération gagne donc à être ajustée à son propos, c'est-à-dire circonstancié, à un moment donné, dans un lieu donné. 

 

Les relations dominants-dominés

La vie est relation. Sans relation, on ne survit pas. Je suis dans une situation de bienêtre dans des relations justes. Le fait d’avoir besoin de relations justes n’emporte pas que ce soit des relations de dépendance, qui correspond à de la domination-soumission. Les institutions construites l’ont été pour protéger les faibles, faire respecter les droits de l’enfant, … Les organisations sociales sont au départ pour le bienêtre commun, mais leur institutionnalisation fait que cela dérive d’une autre

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manière, bien souvent vers des rapports de dominations des dominants sur le restant des populations. 

La coopération de nos jours ne correspond plus du tout aux idées des précurseurs. Il convient de se méfier des leaders, parce qu’ils interviennent dans un climat de dominants et de dominés. Le leader éclairé, c’est difficile à croire, parce que souvent le pouvoir grise et quelqu’un qui arrive au pouvoir oublie ce qu’il a dit pour l’obtenir. La question est plutôt de savoir si on a besoin de leaders, comme si on a besoin d’éducation. Manifestement, nous entrons dans le début de la fin de l’école. 

Il existe des rapports autres que la domination, mais ils sont très rares. Nous sommes aussi le produit d’une éducation. 

L’éducation, c’est forcément deux personnes : l’éducateur et l’éduqué. L’autre schéma est celui de l’apprendre où il n’y a pas d’asymétrie. L’éducateur a une intention sur quelqu’un. Au nom de quoi quelqu’un a-t-il une intention sur moi ? Cette question est la clé de l’éducation. Au nom de quoi quelqu’un va décider pour moi ce qui est pour mon bien (Cf. Alice Miller « C’est pour ton bien »). 

 

Ce qui est juste … n’est pas bien

Le juste et le bon se différencient du bien et du mal. Le bien et le mal sont en référence à une situation du moment. Si, en plein désert, après avoir marché sans boire pendant longtemps, je croise quelqu’un qui me propose un litre d’essence, ce n’est pas juste. La justesse se détermine par la nature de ce qui est proposé. Le critère du juste est la nature. Si quelqu’un ne nous donne que 3 gouttes d’eau, ce n’est pas juste parce que ça ne me sauve pas. Le deuxième critère du juste, c’est la quantité. Le troisième critère, c’est que si on m’apporte la bouteille d’eau après que je sois mort, ce n’est pas juste. Le moment, c’est donc ce troisième critère. Ce qui est juste maintenant, ne l’est pas dans dix minutes.

Si la coopération n’est pas une valeur en soi, il est évident que de nombreuses choses doivent être faites ensemble. En classe, la question de la coopération est relative aux autorisations :

pourquoi c’est moi qui autorise et d’où vient cette idée que je suis chargé d’autoriser et d’interdire ? 

 

Quel est le modèle de l’école ?

Apprendre, c’est naturel et inné. Sans apprentissage, on ne survit pas. De plus, on ne peut pas ne pas apprendre. On apprend ce qui se trouve dans notre milieu et ce qui va me permettre de vivre dans ce milieu. C’est sur moi que je dois agir si je veux avoir un effet sur lui. 

C’est bien parce qu’apprendre est spontanée que l’on peut greffer de l’éducation, parce qu’apprendre à survivre en milieu éducatif est un véritable apprentissage. A l’école, on apprend plein de techniques de survie (physiologique, biologique et affective) pour pouvoir tenir à l’école. 

Si je vis équilibré, heureux, dans une société donnée, je vais forcément partager sa culture, par exemple avec la langue écrite. 

Le présupposé de l’école, c’est que l’adulte est le modèle de l’enfant. Le concept d’enfant est assez nouveau dans l’histoire de l’humanité. L’éducation apparaît alors comme une mise au pas, des certifications, qui attestent d’une sortie de l’enfance. Quelques auteurs comme Lapassade ont émis l’idée que l’enfant serait le modèle de l’adulte : il est curieux, il veut savoir, il est souple, créatif, … alors que l’adulte est rigide, a besoin de certitudes … Le génie a toutes les qualités de l’enfant (cf.

rapport avec genere).

« Et je ne suis jamais allé à l’école. » (André Stern – Acte Sud) Ce qui compte est d’apprendre. Ce que l’on apprend est ce qui se trouve dans son milieu. L’apprentissage est donc une question de rencontre avec son milieu. De son côté, l’éducation est une conformation. 

« Décoloniser ma pensée » D’où vient ma liberté de choix ? Est-ce qu’il y a une vie sans télévision ? C’est la socioculture qui détermine mon éducation. Chaque fois que je m’inquiète pour quelqu’un, ce serait intéressant de savoir pourquoi je m’inquiète pour lui, qu’est-ce que cela touche en moi ? Est-ce que cela ne sont pas que mes inquiétudes propres ?

 

www.education-authentique.org

Site du Cercle de Réflexion pour une Education Authentique

 

Notes prises par S. Connac

 

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