Quelques bonnes vérités à … lire !

Ainsi des générations d’élèves ne sauraient plus lire à cause de mauvaises méthodes. Un complot post-soixante-huitard viserait à abêtir nos enfants ! Ainsi, aurions-nous laissé le niveau de l’école baisser tout en fabriquant des hordes de dyslexiques… Ainsi, un ministre en serait-il venu à interdire une méthode de lecture jugée responsable de tous les maux. Mais sur quelles vérités scientifiques ou historiques vérifiables et observables reposeraient toutes ces opinions qu’on semble partager du comptoir de bistrot jusqu’au ministère ?

1/ « La méthode globale est responsable de l’échec en lecture »… Difficile à croire puisque cette méthode n’a jamais été répandue et n’est même plus utilisée dans les classes ! Sans être employée, comment cette méthode pourrait-elle être responsable de ce dont on l‘accuse ?

2/ « 30, 40, 50 % d’enfants ne savent pas lire »… Faux ! Les chiffres officiels signalent 15 % des élèves en grandes difficultés à l’entrée au collège. Ce chiffre tombe à 6 % à la fin de la scolarité obligatoire. Sur un apprentissage aussi complexe que la lecture, c’est certes imparfait mais déjà tellement supérieur à tout ce que l’on entend… Ferions-nous mieux si nous avions à assurer l’apprentissage du violon ?

3/ « De plus en plus de jeunes sortent sans diplôme »… Sûrement pas ! Jusqu’aux années 60, une majorité d’élèves n’allait même pas au collège. On passait directement de l’école au travail, avec ou sans diplômes ! Certes, des élèves sortent encore du système sans être diplômés, mais leur cursus est plus long et ils sont bien moins nombreux qu’avant ! Et si un jour chaque jeune parvenait à obtenir un diplôme, on en connaît qui hurleraient alors que ce diplôme n’a pas la moindre valeur !

4/ « Avant, tout le monde savait lire »… Certainement pas ! Nos anciens peuvent encore en témoigner. Beaucoup se débrouillaient avec des rudiments de lecture ce qui ne les empêchait pas de s’en sortir dans la vie. D’ailleurs, toutes les enquêtes attestent que plus on monte en âge, plus la proportion d’illettrés est importante. De 6 % à 16 ans, on arrive à plus de 20 % chez les retraités. Ces chiffres n’insultent personne mais mesurent le chemin parcouru.

5/ « Des méthodes de lecture seraient responsables du nombre de dyslexiques en France »… Il n’y a pas de danger ! En effet, la dyslexie est un trouble neuronal dans le traitement de l’information notamment écrite. On ne voit pas trop comment une méthode de lecture participerait à la constitution cérébrale d’un humain…

6/ « Aujourd’hui, les enfants n’apprennent plus les lettres et les sons »… Toujours faux ! L’étude des sons et de la combinaison des lettres n’a jamais quitté la classe. Simplement ce travail s’est complété d’une exigence accrue de la compréhension et d’une diversité des textes lus (contes, littérature de jeunesse, bandes dessinées, recettes, plans, horaires, etc.).

7/ « En lecture tout dépend de la méthode »… Si c’était vrai pourquoi y a-t-il autant d’écarts entre enfants d’une même classe avec la même méthode ? Pourquoi n’obtient-on pas les mêmes résultats d’un quartier à l’autre avec la même méthode ? Un peu de cynisme ferait dire que pour obtenir de meilleurs résultats en lecture, il est plus rapide de changer de quartier que de changer de méthode !

8/ « Le niveau en lecture baisse à cause des immigrés »… Absolument pas ! A catégories sociales égales, les enfants issus de l’immigration font aussi bien que les autres et même un peu mieux ! Leurs éventuels échecs ont plus à voir avec des difficultés sociales (chômage, logement, exclusion) qu’avec leurs origines.

9/ « Le niveau des élèves baisse »… Comment croire cela quand les enfants vont en moyenne 18 ans à l’école et dans de bien meilleures conditions qu’autrefois ? Peut-on dire cela quand dans le même temps on ne parvient pas à aider son enfant au collège ou au lycée tant ce qui est demandé semble déjà si difficile ? Il y a un siècle certains se plaignaient déjà que les élèves ne savaient plus lire ni écrire ! S’il y a une chose qui ne change pas, ce sont bien ces vieilles antiennes ! Beaucoup oublient quels élèves ils ont été et ne mesurent pas quels adultes ces enfants seront ! Comment des générations d’abrutis auraient-ils pu développer une société si complexe, technologique et sophistiquée ?

10/ Mais alors que faut-il en penser ? Quand on double un camion sur l’autoroute, on a l’impression en le regardant dans le rétroviseur qu’il recule… Et pourtant, il avance ! Dans l’éducation, c’est la même chose : on ne cesse de se plaindre de notre jeunesse, et pourtant elle avance ! Mais ce qui va encore plus vite, ce sont nos exigences. Autrefois, il n’était pas obligatoire de réussir l’école pour réussir sa vie. Aujourd’hui, même en réussissant à l’école, l’avenir n’est pas garanti… Alors, il y a beaucoup de peurs, de frustrations et d’exigences. C’est naturel mais ça n’autorise pas à dire ni à faire n’importe quoi.

Par ailleurs, l’école encaisse aussi la crise sociale : chômage, RMI, perpétuation des Restos du cœur ou de la banque alimentaire, petits boulots à durée déterminée… tout cela n’aurait-il aucune influence sur les enfants ? Les écoles accueillent chaque jour un million d’enfants pauvres soit l’équivalent de plus de 40 000 classes ! Qui croira que tout va bien sauf l’école ? On peut au contraire souligner que malgré toutes ces difficultés, la mission d’éducation continue d’être autant que possible assurée. Et ce en dépit de faux débats lancés par ceux qui voudraient tant nous faire oublier leurs responsabilités dans l’état actuel où se trouve ce pays…

Sylvain Grandserre
Maître d’école

Ce site, au service du mouvement ICEM34 - pédagogie Freinet, en est à sa troisième évolution (voir : Histoire du site).

Site réalisé par Cédric Serres et Pierre Cieutat, dessins et logo  par Lois René, bandeau par Cécile Dumas.

Contacter les administrateurs

Site réalisé sous Joomla à l'aide de Template creator (merci Cédric) et hébergé chez OVH
Association ICEM34 - association loi de 1901 enregistrée à la préfecture de l'Hérault